CHAPITRE V. I
Le 2 1 brumaire, un membre du Comité central de surveillance donne lecture d'une lettre de M. Valentin du Plantier autorisant le sellier Mathieu Bayet à vendre un harnais qu'il a laissé en dépôt dans sa boutique.
Grande joie dans le comité; dénoncer les. honnêtes gens et les faire arrêter, c'est là son bonheur suprême. Dans Tespérance de mettre la main sur l'ancien président du bailliage et sur d'autres fédéralistes qui lui ont échappé, il expédie le sellier à
aris, en lui donnant pour ses frais 400 livres qui eront prélevées sur les biens dudit Valentin et lui
onfie «une dépêche essentielle » avec le sauf-con-
uit ci-après :
Bourg régénéré, chef-lieu du département de l'Ain, u brumaire, à minuit.
Pour le salut public.
Pressé.
Le Comité central de surveillance du département de 'Ail,
Expédie à franc étrier le citoyen Mathieu Bayet pour e rendre à la municipalité de Paris, y porter une dépê- ;he essentielle au salut de la patrie, et dont il est chargé l'apporter la réponse dans le plus court délai.
Nous invitons toutes les municipalités à faciliter sa ouïe et à lui faire donner des chevaux. Nous en ferons utant en pareilles circonstances.
Salut et fraternité. Vivent les Sans-Culottes !
Signé : CoNVERS, Gunet, Juyanon, Olivier, Duclos, )ecrusse, Gay, Laymant et Petit.
La dépêche, adressée aux citoyens maire et procureur de la commune de Paris, est ainsi conçue :
Les chefs du fédéralisme de notre département sont réfugiés à Paris ; vous les indiquer, c'est les arrêter.
Nous vous expédions à franc étrier un citoyen avec un lettre timbrée de Paris, signée Valentin. Ce Valentin est un chef contre-révolutionnaire depuis 89. Il a joué tous les rôles d'un scélérat. Il est connu à la Convention, où il a paru à la barre du temps du règne des Brissotins (i). Il a insulté Bassal et Garnier au Jura ; il a tout fait pour faire une Vendée de notre département. C'est en un mot un digne gibier du tribunal révolutionnaire. Lisez la lettre cy-incluse et prenez subitement toutes les mesures pour vous en assurer. C'est nous soulager d'un poids qui nous pèse.
Nous avons encore à Paris trois personnes, à sçavoir : Pages, président du département de l'Ain cy-devant. C'est un jeune homme qui parle toujours à l'oreille, voix frêle, taille de cinq pieds trois pouces, jolie figure, les lunettes doubles toutes les fois qu'il fixe quelque chose. Il a fui pour éviter la loy qui l'incarcère comme destitué.
Le citoyen Tardy, grand maigre, ne s'émouvant de rien, montrant toujours les dents, aussy administrateur, digne acolyte de l'intrigant et du mielleux Pages.
Le citoyen Bergier cadet, commissaire national destitué par Bassal et Bernard et dont l'arrestation est notamment ordonnée par eux. C'est luy qui a fait le rapport contre les officiers municipaux illégalement destitués par les fédéralistes, et il a fait le voyage du Jura pour servir
(i) On se rappelle sa courageuse démarche contre les arrêtés tyranniques d'Amar et Merlino. Voir au volume précédent le ch. IV de la X* Epoque.