CHAPITRE VI. Il
neur de Challier (i), les Sans-Culottes ont cassé de chanter l'hymne sacré de la' patrie. Les signes odieux du despotisme et de la féodalité ont été jetés dans un bûcher préparé à cet efFet. Alors le citoyen Croizier a prononcé un discours dans lequel il a rappelé d'une manière forte et patriotique les vertus du héros de la cérémonie, les crimes des tyrans et l'atrocité des monstres qui l'ont immolé à leur fureur. Dans un autre bûcher a été placé le tombeau du défenseur de la liberté, et, après que les cendres recueillies avec soin ont été renfermées dans l'urne qui devoit les recevoir, les cris répétés de Vive la République ! Vive la Convention ! se sont fait entendre ; et le cortège a repris sa marche pour se rendre auprès de l'arbre de la Uberté, d'oîi, après avoir chanté un dernier couplet, il s'est rendu dans la salle des séances. Là, dans un lieu déjà préparé, ont été déposés les restes précieux contenus dans l'urne. Le président a invité, au nom de la Société, les citoyennes pleureuses et celles qui avoient fait partie du cortège, ainsi que les députés des sociétés voisines, à un festin patriotique qui a eu lieu sur le Cours de la Liberté, en face du mausolée auguste de Challier. La joie sincère de tous les convives, l'affluence considérable que l'on a remarquée tant dans le cours de la cérémonie que dans l'assemblée subséquente ont prouvé combien cette fête a été agréable à tous les citoyens.
kDioN, président. Croizier (2).
(1) L'érection de cette pjramide avait été décidée trois jours avant la fête, et coûta 450 livres, sans compter une .^jUinzaine de journées faites gra;uitement par divers ouvriers.
(:) Registre de la Société populaire de Montluel, séance du 3o brumaire an II. — C"D.
Il6 TREIZIÈME ÉPOQUE.
Les membres de la Convention, comme les députés radicaux de notre temps, sentaient que la religion, même constitutionnelle, était un obstacle sérieux à la consolidation de leur gouvernement brutal. Hébert et Chaumette, inventeurs du culte de la Raison, avaient poussé Tévêque de Paris et son clergé à Tabdication de leurs fonctions sacerdotales. Pour que cet exemple de lâche apostasie se propageât plus vive en province, la Convention décréta, le 23 brumaire an II (i 3 novembre lygS :
Art. le"". — Toutes les autorités constituées sont autorisées à recevoir des ecclésiastiques et ministres de tout culte, la déclaration qu'ils abdiquent leur qualité.
Art. II. — Les listes certifiées de ces déclarations seront tous les quinze jours envoyées au comité d'instruction publique (i).
Dès le 25 brumaire, le Comité central de surveillance constatait ainsi Fabdication de Tabbé Grumet^ Tun des membres les plus éclairés du Directoire de TAin :
Il a été remis sur le bureau une lettre venant de Jean- Marie Gruniet cy-devantprêtre, adressée aux représentants du peuple, portant son abdication de prêtre et demandant la plus grande publicité contre les préjugés religieux.
(i) Décrets de la Convention nationale des i3 et 23" jours de brumaire an second de la République française, une et indivisible.
i" Qui déclare propriété nationale tout l'actif affecté aux fabriques et à l'acquit des fondations.
2° Relatif aux abdications des ministres de tout culte. Bourg, 4 p. in-4°. — Ph. L.D.