CHAPITRE VI. I I
L'abbé Grumet, alors détenu comme administrateur destitué, céda sans doute à la peur comme tant d'autres prêtres constitutionnels; triste défection qui ne le sauva pas, car nous verrons tomber sa tête sous le règne d'Albitte. M. Paul Guillemot, qui a publié en j 846 une notice sur Pabbé Grumet (i). Ta peint commue un homme très aimable et a mis au jour son poème allégorique de la Fortune ; mais il a gardé le silence le plus complet sur sa vie administrative, qui ne fut pas sans mérite, et sur son apostasie.
L'abbé Biirtin^ curé de Jayat, fut encore plus pressé; il abdiqua le 21 brumaire; mais sa lettre ne parvint ou ne fut examinée au département que le 3 frimaire. Ce jour-là le Directoire mentionna honorablement ledit prêtre comme ayant « abjuré solennellement son caractère, » et « considérant les suites heureuses d'un pareil exemple, tendant à faire disparoître à jamais le fanatisme et la superstition, et à consolider le règne de la Raison, de' la liberté et de Tégalité, » arrêta que cette mention honorable serait portée à le- connaissance de toutes les sociétés populaires du département et au Comité de salut public (2).
Dans cet arrêté, le Directoire pour plaire aux Sans-Culottes, força le sens de la déclaration de
(i) L'abbé Grumet. Bourg, i6 p. grand in-8. — Ph. L.D. (2) Registre du Directoire de l'Ain, séance du 3 frimaire an II.
2l8 TREIZIÈME ÉPOQUE.
l'abbé Burtin. Sa lettre, annexée au registre, ne laisse pas échapper le moindre mot contre la religion. Ce n'est pas une abjuration solennelle^ comme l'arrêté l'allègue ; l'abbé Burtin renonce purement et simplement è ses fonctions curiales et sacerdotales et à son traitement pour donner « plus d'essor à ses sentiments patriotiques. » Ses protestations républicaines dénotent la crainte, non l'incrédulité.
Un autre prêtre, nommé Cabuchet^ n'écrivit pas son abjuration, mais il porta au conseil général de la commune de Bourg (6 frimaire; « ses lettres de prêtre pour les faire brûler, ce qui fut exécuté sur le champ. »
Pauvres prêtres ! l'abjuration ou le martyre, telle allait être leur perspective. Et qu'attendre d'eux, après le serment constitutionnel qu'ils avaient prêté ?
Au moment de ces premières abjurations, le costume ecclésiastique n'était déjà plus permis, et les convois mortuaires passaient sans prêtres dans les rues, comme aujourd'hui les enterrements civils. Voici à ce sujet l'arrêté municipal de Bourg du 6 frimaire (26 novembre) :
Attendu que les prêtres ne peuvent plus sortir de l'église avec leur costume, le conseil, ouï le substitut du procureur de la commune, a arrêté que les citoyens Brocard, Gosselin, Alban cadet et François sont nommés