‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 111 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Deux Girondins, Laréveillère-Lepeaux et Vergniaud, flagellent en vain les ambitieux de la Montagne, dans les séances des 1 1 et 1 3 mars :

J'ai voté, s'écrie le premier, la mort du tyran sans appel et sans sursis ; je voterai avec la même énergie contre la tyrannie nouvelle qui s'élève dans votre sein. Jamais je ne souffrirai que mon pays devienne le sujet très fidèle et le tributaire très soumis d'une cité orgueilleuse et dominatrice, d'un dictateur insolent ou d'une oligarchie sanguinaire. . Je ne cesserai de poursuivre ces individus qui, bien logés, bien nourris, bien vêtus, vivant dans les plaisirs, s'apitoient si affectueusement sur le sort du pauvre, s'élèvent avec tant de fureur contre tout ce qui jouit de quelque aisance et s'intitulent fastueusement sans-culottes Je m'élèverai, je le répète, tant que je vivrai, contre les brigands démagogues avec la même énergie que j'ai poursuivi les brigands couronnés. C'est la tyrannie que je hais, et non pas le nom qu'elle porte.

Français, s'écrie le second, serez-vous plus longtemps, la dupe des hypocrites qui ont sans cesse à la bouche les roots de liberté et d'égalité? Un tyrcn de l'antiquité avait un lit de fer sur lequel il faisait étendre ses victimes, mutilant celles qui étaient plus grandes que le lit, disloquant douloureusement celles qui l'étaient moins pour leur faire atteindre le niveau : ce tyran aimait l'égalité. Voilà celle des scélérats qui déchirent notre patrie de leurs fureurs. L'égalité pour l'homme social n'est que celle des droits; elle n'est pas plus celle des fortunes que celles des tailles, jde;; forces, de l'esprit, de l'activité, de l'industrie et du travail. Oui, peuple infortuné, on te trompe lorsqu'on te I montre la liberté armée de poignards et de torches ; celle

igS DIXIÈME ÉPOQUE.

qu'on devait te donner, fille de la nature, unit les hommes par les liens d'une fraternité universelle. La liberté, des monstres l'étouffent et offrent à son culte la licence. La licence, comme tous les faux dieux, a ses druides qui veulent lui sacrifier des victimes humaines.

Néanmoins le tribunal de sang fut organisé, il fonctionna le 6 avril lygS, et, le 5 avril de Tannée suivante, Danton, près d'en subir la rigueur, disait à Fouquier-Tinville : « C'est à cette même époque, il y a un an, que j'ai fait instituer le tribunal révolutionnaire... J'en demande pardon à Dieu et aux hommes. »

- Le jour même que fut voté ce tribunal, 9 mars 1793, la Convention décréta l'envoi de 82 députés dans les départements pour réchauffer le patriotisme et pousser la nation sur les frontières. Ces commissaires étaient divisés en 41 sections de deux membres ' opérant chacune dans deux départements. L'article suivant donnera une idée de leurs pouvoirs.

Art. 8. — Les commissaires de la Convention nationale pourront exiger de toutes les autorités constituées lesj comptes de leur administration. Ils auront le droit de prendre toutes les mesures qui leur paraîtront nécessaires pour rétablir l'ordre partout où il seroit troublé ; de suspendre provisoirement de leurs fonctions et même de faire mettre en état d'arrestation ceux qu'ils trouveroient sus-l: pects; de requérir au besoin la force armée à la charge de prendre tous leurs arrêtés en commun et d'en faire passer sur le champ copie à la Convention nationale.

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