CHAPITRE II. ig
Dans son enthousiasme et pour cimenter la
fusion des partis, le conseil décida, dans cette même séance, que l'on ferait disparaître du registre les refus de certificats de civisme. Cette falsification, dont il n'est pas question ici, fut signalée 'à la séance du 3 avril, dont nous parlerons tout à rheure. La minorité montagnarde privée de son chef, Blanq-Desisles, ne s'était associée que du bout des lèvres au vœu du plus grand nombre ; elle allait bientôt prendre sa revanche.
Nous touchons à la première commotion révolutionnaire qui ait violemment agité notre département. La Convention va la préparer avec ses mesures de salut public, ou plutôt de bouleversement social.
Parlons d'abord du tribunal révolutionnaire. Les Jacobins, résolus à faire le bonheur de la France à leur manière, lancèrent un appel à l'insurrection dans la nuit du 8 au 9 mars. Le tocsin devait sonner à cinq heures du matin, et le point de ralliement était fixé au siège de la société, rue Saint-Honoré. Mais, informés par les rapports de leurs affidés que le projet n'était pas accueilli avec l'entrain nécessaire, ils se bornèrent à faire envahir ks abords et les tribunes de la Convention par les sans-culottes les plus dévoués. Maîtres ainsi de la direaion de l'Assemblée, ils pouvaient lui deman-
igÔ DIXIÈME ÉPOQUE.
der avec succès les lois les plus tyranniques. Bentabolle et Jean-Bon Saint-André, appuyés par le fameux Carrier, proposent la création d'un tribunal destiné à juger sans appel les contre-révolutionnaires. Lanjuinais combat énergiquement le décret demandé. « Il viole, s'écrie-t-il, tous les principes; il viole les droits de P homme; il rappelle la mémoire de funestes événements ; il inspirera l'horreur et Teffroi à tous les bons citoyens. Il comblera de joie tous ceux qui n'ont d'autres désirs que de voir régner le désordre et l'anarchie dans la République. « La montagne répond à ces paroles par les cris prolongés : Aîix poix, aux voix! Danton insiste avec ses poumons de stentor : L'armée manque de tout^ dit-il, votons immédiat iement. Et l'Assemblée de voter, sous la pression de son entourage, le tribunal révolutionnaire sous le nom de tribunal criminel extraordinaire. Le lendemain, 10 mars, elle arrête les dix-neuf articles du décret. Voici le premier :
Il sera établi à Paris un tribunal criminel extraordinaire qui connaîtra de toute entreprise contre-révolutionnaire, de tous attentats contre la liberté, l'égalité, l'unité et l'indivisibilité de la République, la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, et de tous les complots tendant à rétablir la royauté ou à établir toute autre autorité attentoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple, soit que les accusés soient fonctionnaires civils ou militaires, ou simples citoyens.