CHAPITRE PREMIER
leur livre les vingt-deux, et parlent en maîtres dans cette Assemblée qui avait osé juger un roi. Les citoyens de Paris, disent-ils, n'ont point quitté les armes depuis quatre jours^ il faut qu'on sauve le peuple sur-le-champ^ ou il va se sauver lui-même. En entendant ce langage, les membres de la Convention se soulèvent de honte et d'indignation. Pendant que les uns protestent contre la violence,les autres se montrent prêts à profiter de cette indigne victoire pour accabler leurs ennemis en les livrant à l'émeute. Il s'ensuit une scène tumultueuse dans la salle et au pied de la tribune, que les différents orateurs s'efforcent d'occuper en en précipitant leurs collègues. Les députés Guadet, Legendre, Lanjuinais, se saisissent, se prennent à la gorge, se terrassent au milieu d'une inexprimable confusion. Enfin, la Convention voulant montrer une apparence de dignité, et, espérant par sa présence calmer la sédition, sort en masse de la salle, et, à la suite de son président Héraut-Séchelle, paraît aux différentes issues des Tuileries, sommant les émeutiers de rendre la liberté aux représentants de la nation. Mais partout les rangs serrés du peuple ne lui laissent d'autre asile que ce palais où elle est captive. Henriot, sommé de livrer passage, pour toute réponse se tourne du côté de ses soldats qui tenaient leurs canons braqués contre la Convention, et s'écrie : Canonniers, à vos pièces ! Couverte d'avanies, accablée de sarcasmes et d'outrages, l'Assemblée se voit Ibrcée de rentrer dans le lieu de ses séances et livre les vingt-deux, tandis que Couthon ose encore parler de liberté et d'indépendance. Marat, devenu l'oracle de la (Convention, fait effacer les noms de trois députés comme étant des radoteurs et des sots, et en fait ajouter trois autres, pour que le nombre de vingt-deux reste entier. Ainsi furent proscrits Vergniaud, Guadet, Gensonné, Péthion et
■tg2 ONZIÈME ÉPOQUE.
les autres chefs de la Gironde, dont les uns furent mis en état d'arrestation et les autres s'échappèrent pour essayer de soulever les provinces, et finirent misérablement leurs jours, poursuivis comme des malfaiteurs et des bêtes fauves. Cette chute des Girondins, en tout semblable à la catastrophe du lo août, vengea la royauté qu'ils avaient renversée après l'avoir perfidement combattue, et la mort de Louis XVI à laquelle ils s'étaient lâchement associés. L'histoire, juste appréciatrice de leurs actes et des maux incalculables qu'ils appelèrent sur la France, ne peut voir dans leur défaite que le châtiment légitime de leur orgueil et de leur faiblesse. Malheureusement, la Révolution qu'ils avaient déchaînée ne succomba point avec eux. Elle leur survécut pour se manifester dans les œuvres de Robespierre et de ses complices, et pour parcourir, suivie de la guillotine, les pays assez malheureux pour subir son infâme domination (i).
Le décret d'arrestation des 22 députés comprit aussi la commission des douze, sauf Fonfrède et St-Martin qui s'étaient opposés aux mandats décernés par elle. Voici la liste complète des proscrits :
Les Vingt-deux.