Tome III
les soldats de l'insurrection, ceux d'une armée destinée à combattre la Vendée et qu'ils avaient gardée à Paris pour servir leurs projets, ébranlèrent les sections, les faubourgs, et, au nombre de quatre-vingt mille, vinrent imposer leurs volontés à l'Assemblée dans la journée du 3i mai. Celle-ci s'empressa de céder, de rendre la liberté aux individus arrêtés et de dissoudre la commission des douze. Ce résultat ne parut pas encore satisfaisant aux chefs des Jacobins, résolus à se faire livrer les vingt-deux principaux Girondins. Marat, dans son club, appela le peuple aux armes pour le lendemain, l'exhorta à ne quitter les abords de la Convention qu'après s'être fait livrer les vingt-deux, et, se tournant vers Henriot, homme brutal et toujours ivre, à qui sa férocité avait donné quelque importance dans les émeutes : Je te confie^ lui dit-il, le commandement de l'insurrection. A demain 1
Marat , impatient de triompher des hommes qui l'avaient mis en accusation, passa la nuit à réunir les éléments de l'émeute, et donna lui-même le signal du tocsin qui appelait ordinairement les masses populaires aux saturnales révolutionnaires. On bat la générale dans tous les quartiers, on tire le canon d'alarme, on pousse des cris d'insurrection, et bientôt des masses innombrables entourent d'une muraille d'airain le lieu où siège l'Assemblée. Celle-ci, comme exerçant la souveraineté, tenait ses séances dans le palais des Tuileries (j) où la royauté, pendant les journées du 20 juin et du 10 août, avait subi tant d'humiliations et d'outrages. Des délégués du peuple, introduits devant les nouveaux souverains, se plaisent à les avilir à leur tour par le renouvellement des mêmes scènes et des mêmes scandales. Ils exigent impérieusement qu'on
(i) Elle s'y était iiistall>:'e le S mai.