Tome
35o ONZIÈME ÉPOQUE.
La liste des personnes suspectes, présentée au Conseil par quelques municipaux, étoit de soixante citoyens, indépendamment des ci-devant nobles et des prêtres. Ce grand nombre de proscrits effraya vos notables ; ils jugèrent avec raison que si, attendu la gravité des circonstances, la loi avoit enveloppé dans la suspicion tous les individus appartenant aux castes ci-devant privilégiées, les magistrats du peuple dévoient apporter à la liste des autres beaucoup de prudence et de délicatesse. Les individus déclarés suspects par une délibération du Conseil général de la commune, étoient dévoués d'une manière plus particulière à la haine et au mépris dans une commune peu nombreuse oîi tous les citoyens seconnoissent : il importoit donc de ne les déclarer suspects que d'après des faits certains et une mûre discussion. Ces motifs déterminèrent. Citoyens, votre Conseil à réduire à dix la liste proposée. Nous ne vous dirons pas à combien de propos durs, insultans, malhonnêtes, furent alors exposés vos notables. Il leur a fallu de l'énergie, un amour ardent du bien et un attachement sincère à leurs devoirs pour dévorer ces amertumes. Vous l'avez senti, Citoyens ; vous leur avez rendu justice, et en les nommant de nouveau au poste important qu'ils occupoient, vous leur avez accordé un dédommagement bien flatteur de leurs peines passées.
Venons au décachètement des lettres. Vous le savez, Citoyens, le secret des lettres est inviolable et sacré ; et lors même que les dangers de la patrie exigent qu'on s'écarte de ce grand principe, on doit y procéder avec prudence et discrétion... Non-seulement les officiers municipaux se sont rendus coupables, en étendant à tous les individus une mesure qui ne devoit regarder que les gens suspects, mais encore par la manière indécente avec laquelle ils ont procédé à cette opération. D'abord, les