CHAPITRE IV
lettres décachetées à la poste étoient remises ouvertes au facteur et colportées ainsi dans toute la ville ; ensuite on les apportoit à la municipalité, et là on les lisoit publiquement. On a vu un citoyen que vous nous blâmeriez peut- être de nommer, on a vu ce citoyen entre les pots et les verres, décacheter en plaisantant des lettres dont sa poche étoit pleine, dévoiler ainsi le secret des affaires et des familles, les intimités de la confiance, les épanchemens de l'amitié, au grand scandale des assistans indignés (i).
Les exclus de la municipalité ne se tinrent pas pour battus. Blanq-Desisles et Convers se rendirent à Paris ; Rollet parcourut les départements voisins, et tous trois déblatérèrent contre leur pays qu'ils accusèrent d'incivisme et de rébellion. Pendant ce temps-là, Albant, Chaigneau et compagnie évinçaient à leur tour les honnêtes gens de la nouvelle société populaire qu'ils établirent à V Arquebuse \ l'ancienne qui se réunissait à la salle
(i) Rapport sur les principaux motifs qui ont déterminé la commune de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, à réorganiser son Conseil général. Bourg, 36 p. in-8.— 0»= D.
Ce rapport signé Morel, président de la section de l'Egalité, Loup, 3onet aine, secrétaires, Bottier et Quinson, vice-secrétaires, et rédigé par M. Bergier cadet, fut approuvé le 24 juillet 1793 par les deux sections réunies.
Deux jours après, pour répondre à des bruits malveillants sur le départament et sur la ville de Bourg, elles affirmèrent leurs sentiments civiques, leur attachement à la République et leur soumission à la Convention rationale, dans un autre imprime intitulé : Extrait du procès-verbal de l assemblée des deux sections réunies et permanentes de la ville de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, du 26 juillet J7g3, l'en second de la République française, une et indivisible. Bourg, 2 p. in-4». — H.
(ÎLORIA.
de spectacle, fut bientôt abandonnée ; ils restèrent ainsi les maîtres du champ de bataille (i).
Depuis la chute des Girondins, tout allait de mal en pis. A l'extérieur, les Anglais bloquaient nos ports, ruinaient notre marine et s'emparaient de nos colonies. Nos armées capitulaient à Mayence, laissaient prendre Valenciennes et Condé par les Autrichiens, laissaient franchir les Alpes par les Austro-Sardes et, à la frontière des Pyrénées, se repliaient sur Rayonne et Perpignan. A Pintérieur, les royalistes de la Vendée prenaient Thouars, Fontenay et Saumur. Les Girondins, échappés à rincarcération, soulevaient la Normandie et d'autres provinces. Le mouvement fédéraliste, ou plus exactement la coalition contre les tyrans de la Convention, se propageait dans Test et le midi. Besançon, Dijon, Lons-le-Saunier, Bourg, Mâcon, Lyon, Grenoble, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Marseille, c'est-à-dire la moitié de la France, prenaient les armes pour résister à l'oppression. Enfin, le peuple, accablé par le maximum, demandait du pain à grands cris.
La Convention lui donna une constitution nouvelle qu'elle bâcla en quelques jours, du lo au 23
(i) Tableau analytique des manœuvres et des crimes des principaux intrigans de la commune de Bourg... 4 vendémiaire, an III. 44 p. in-8. — Pli. L. D.