‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 194 sur 275 · chapitre iv · texte numérisé non relu

chapitre iv

Peysson, Jourdan, Huchet, Balleidier, Martinon, Duhamel, p.-g.-s.

La veille de cette proclamation, le i3 juillet, une vaillante jeune fille s'était sacrifiée pour délivrer la France d'un monstre. Charlotte Corday d'Armans avait poignardé Marat dans son bain.

L'assassinat, pour être politique, n'en est pas moins un crime. Mais, sans approuver l'héroïne qui vengea les Girondins, on peut admirer son courage et son patriotisme ; et l'on ne saurait avoir la moindre pitié pour le scélérat suisse « qui vouloit décimer la Convention et faire tomber en France trois cent mille têtes. » On comprend qu'André Chénier, grand admirateur des caractères antiques, ait adressé à Charlotte Corday ces brillantes strophes :

Quoi ! tandis que partout, ou sincères ou feintes, Des lâches, des pervers les larmes et les plaintes Consacrent leur Marat parmi les immortels, ^

Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, Des fanges du Parnasse un impudent reptile, Vomit un hymne infâme au pied de ses autels (i),

La vérité' se tait !

Non, non, je ne veux point t'honorer en silence, Toi qui crus par ta mort ressusciter la France...

(i) L'hymne du député Xavier Audoin.

La Grèce, ô fille illustre ! admirant ton courage,

Epuiserait Paros pour placer ton image

Auprès d'Harmodius, auprès de son ami ;

Et des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,

Chanteraient Némésis, la tardive de'esse.

Qui frappe le méchant sur son trône endormi.

Mais la France à la hache abandonne ta tête. C'est au monstre e'gorgé qu'on prépare une fête Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort. Oh ! quel noble dédain fit sourire ta bouche, Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche, Crut te faire pâlir aux menaces de mort !

C'est lui qui dut pâlir, et les juges sinistres, Et notre affreux Sénat et ses affreux ministres, Quand à leur tribunal, sans crainte et sans appui. Ta douceur, ton langage et simple et magnanime Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime. Qui renonce à la vie est plus puissant que lui...

Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée ; Ton front resta" paisible et ton regard serein. Calme, sur l'échafaud, tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile et fécond en outrage, Et qui se croit encore et libre et souverain.

Charlotte Corday parut, -le 17 juillet, devant ses juges et monta sur Téchafaud le même jour. Son courage ne faiblit pas un instant.

La veille, elle écrivit à son père de ne pas s'affliger de son sort : « La cause en est belle... N'oubliez pas ce vers de Corneille : Le crime fait

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