CHAPITRE IV
juin. Cette fameuse Constitution de 1790 établissait le régime pur de la multitude, Télection des administrateurs et des magistrats, le renouvellement annuel de la législature, la soumission des représentants au contrôle des assemblées primaires et le droit du peuple d'accepter ou de refuser les lois. Un des administrateurs de TAin, le citoyen Morand, prit chaudement la défense de cette stérile élucubration et gourmanda « les patriotes, les républicains d'un jour, » qui la décriaient :
.... La constitution seule, dit-il, peut faire notre bonheur ; eh bien ! ils cherchent à nous la rendre odieuse, et pour cela ils disent : que des républicains ne peuvent et ne doivent accepter une constitution qui est l'ouvrage d'une poignée de factieux et d'intrigans, qui a été dictée par la secte jacobite : ils disent que l'intégralité de la Convention nationale ayant été rompue par l'arrestation de plusieurs de ses membres, tout ce qui a été fait, après cette arrestation, est nul, irrégulier, et ne peut aucunement engager la nation...
On vous égare, citoyens... Jetons un voile épais sur les grands événemens qui nous ont agités; placés à une trop grande distance pour juger sainement des causes, attendons les effets, et peut-être nous ne tarderons pas (car la Convention nous l'a promis) d'apprendre que ces mouvemens étoient nécessaires pour le salut de la République, qu'ils ont été dirigés par la main tutélaire qui protège la France (i)...
(1) Premier mot de François-Nicolas-Rufin Morand, l'un des administrateurs du Directoire du département de l'Ain à ses concitoyens. Bourg, 10 juillet 1793, 4 p. :a-4'' — C" D.
Le citoyen Morand s'était entiché des belles phrases du rapporteur et principal rédacteur de Tacte constitutionnel : « Si dans quelques contrées de la Répubhque, avait dit Hérault de Séchelles, des effervescences se manifestent, c'est uniquement parce que la constitution leur manque ; il semble que ce seroit un crime national de la retarder un jour de plus ; mais aussi le jour où elle paroîtra sera celui d'une résurrection pour la France, d'une révolution pour l'Europe. Tous nos destins reposent dans ce monument : il est plus puissant que toutes nos armées. »
Tout le Directoire de TAin partagea-t-il l'enthousiasme du citoyen Morand ? Il en eut l'air du moins -, voici ce qu'on lit dans son registre à la date du 14 juillet 1793 :
Ce jourd'hui, sur les neuf heures du matin, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'Acte constitutionnel présentés à l'acceptation du peuple ont été proclamés solennellem.ent dans toutes les places de la ville de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, par le Conseil général du département, le Conseil général du district de Bourg, le Conseil général de la commune de Bourg, à eux joints les membres du tribunal criminel du département, du tribunal du district de Bourg, les juges de paix et le bureau de conciliation de Bourg; la garde nationale étant sous les armes, au son des instruments, au bruit du canon et aux cris de Vive la République.
Signe' : J. M. Grumet, Lescallier, Billon, Pitet,