CHAPITRE II. 3q
de Loray, que, pour détacher le peuple de la monarchie, il fallait élever entre elle et lui une barrière infranchissable de crimes et de sang. Cette pensée ayant fortement pénétré dans leur esprit, ils organisèrent froidement le massacre de tous les hommes désignés comme hostiles au mouvement. Toutes choses étant préparées, le 28 août, un décret, digne des temps de Marius et de Sylla, répandit dans Paris la consternation et le deuil. Par ce décret, la hache des prescriptions était suspendue sur la ville et n'attendait qu'un signal pour s'abattre sur la tête des citoyens. Il est arrêté que, dans la journée du lendemain, nul ne devra sortir de sa maison, et qu'à partir de deux heures, toute circulation sera interdite dans les rues ; les cours, les tribunaux, les magasins, les clubs seront fermés, et, le soir les maisons illuminées. Pendant que la vie et le mouvement seront ainsi suspendus dans la cité, des commissaires accompagnés de la force publique pénétreront dans les demeures, pour y découvrir les suspects et les incarcérer: sera réputé tel, quiconque sera surpris dans un autre domicile que le sien, quiconque répondra par des allégations mensongères aux interrogations des commissaires, quiconque aura pris part à quelque manifestation considérée comme royaliste ou sera connu par ses sympathies monarchiques. Les opinions, les sentiments, les regrets étaient regardés comme des crimes.
Le décret s'exécuta avec la rigueur qu'on pouvait attendra des hommes qui avaient l'audace de le provoquer. Des pestes armés placés à toutes les issues de la capitale, des bateaux organisés sur le cours du fleuve, rendaient imposait le toute tentative de fuite et refoulaient dans Paris quiconque eût essayé de chercher son salut au dehors. Les bois, les jardins, les maisons de la banlieue étaient fouillés et livrés à de minutieuses recherches. Pendant ce temps-
là, les sicaires des Jacobins, les Marseillais, les bandes de Danton parcourent les quartiers de la ville, envahissent les demeures et répandent la terreur au sein de chaque famille, incertaine du sort qui lui est re'servé ! Rien n'échappe à leurs perquisitions, ni les caves, ni les catacombes, ni les égouts, m les retraites les plus secrètes et les plus obscures. Près de quinze mille citoyens furent arrachés à leurs foyers et k leurs familles et entassés dans les prisons, dans les couvents, dans les monuments publics où le poignard de Danton ne devait pas tarder à terminer leurs tortures.
En effet, les jours suivants, on organisa les escouades d'égorgeurs à la solde de la municipalité, sous le commandement de l'huissier Maillard, personnage qui s'était signalé dans toutes les circonstances où il y avait eu des forfaits à commettre et du sang à répandre. On le chargea de préparer un service de tombereaux destinés au transport des cadavres. Des agents de la Commune se rendirent chez le fossoyeur de la paroisse Saint-Jacques et lui enjoignirent de prendre sa bêche et de les suivre : ils le conduisirent dans ces terrains vagues situés hors de la barrière de Paris, et après quelques recherches opérées à l'aide d'une carte, ils indiquèrent " un emplacement qui devait être fouillé afin de retrouver l'ouverture d'un puits communiquant avec les immenses catacombes qui s'étendent sous certains quartiers de la capitale. C'est dans ce trou que devaient être précipités les corps des victimes....
Le signal des massacres fut donné dans la journée du 2 septembre. Vingt-quatre prêtres, condamnés à la déportation comme ayant refusé le serment, étaient conduits hors de Paris, lorsque, arrivés aux barrières, le poste refusa de les laisser passer, et les fit retourner à la prison de l'Abbaye. Dans le trajet, les voitures furent entourées par