CHAPITRE V
du château de la Pape, Ce Cordier était féde'raliste. Le même jour, deux commissaires A. et B. arrêtèrent Goyffon fils, ex-imprimeur, gendre de Cordier, comme correspondant avec les rebelles de Lyon.
3 octobre 1793. — Le directoire du district de Bourg fixa le salaire des gardiens du couvent de Brou qui venoit d'être changé en prison ; le concierge en avoit été nommé le 22 septembre à raison de 400 livres par an.
5 octobre 1793. — Bernard, représentant du peuple en mission à Besançon, d'après les dénonciations qui lui furent faites, destitua les chefs de la garde nationale de Bourg, ci-dessous nommés : Vernarel^ capitaine ; Reydellet^ lieutenant ; Fargeon, sous-lieutenant, Aillaiid-Lombard, commandant en second, Armand cadet, sous-lieutenant, Debost, lieutenant. Je nomme en toutes lettres les opprimés de ces temps malheureux ; c'est un titre d'honneur pour eux et leurs descendants.
— Pendant le siège de Lyon, qui dura 63 jours, les chaleurs furent excessives ; l'été fut sans pluies. Le ciel du côté du sud-ouest parut aux habitants de l'Ain constamment couvert d'une vapeur rougeâtre et on entendait perpétuellement le bruit des canonnades des assiégeants et des assiégés. Quelles transes d'incertitude pour tous ceux à qui il restoit encore quelque sentiment d'humanité et qui s'intéressoient à cette malheureuse ville !
Le 8 octobre et jours suivants, les Lyonnais essayèrent de fuir leur ville ; les paysans et une partie de la population des petites villes environnantes les massacrèrent pour avoir leurs dépouilles. L'abbé Guillon nomme plusieurs communes du département de l'Ain, qui furent du nombre de celles qui se déshonorèrent en cette occasion.
L'abbé Guillon de Montléon nomme particu-
lièrement Trévoux et un lâche pourvoyeur des massacres.
C'est une vérité, dit-il, que tant d'un côté de la rivière que de l'autre, les hussards du régiment ci-devant Berchiny, des détachemens du 9" et du 18^ régiment de dragons, des cavaliers mêmes de ci-devant Royal-Pologne^ etc .taillèrent en pièces tous les Lyonnais fugitifs qu'ils purent atteindre... La rage de ces tigres allait jusqu'à fusiller ceux des soldats qui, par pitié ou par maladresse, avaient laissé échapper de leurs mains quelque Lyonnais sans l'assassiner. Moins avides de butin qu'altérés de carnage, ils promettaient la dépouille des victimes échappées à quiconque parviendrait à les découvrir et à les livrer à leur fureur. Celui qui en livra davantage à cette condition fut un vicaire assermenté de Trévoux, nommé ToUet, qui, faisant servir son ministère à ce commerce atroce, et donnant à ses recherches les apparences de la charité la plus compatissante, réussissait plus facilement à découvrir ceux que des personnes vraiment charitables avoient cachés dans leurs maisons. Quand il était parvenu à les voir, à leur parler, il leur faisait les offres les plus affectueuses, et, en les quittant, il allait vendre leur personne et leur vie.
Mais l'avide et brutal paysan dont la cupidité se trouvait affranchie de toute retenue, et même excitée par les lois de l'autorité qui tyrannisait la France, aimait mieux dans sa défiante et barbare avidité, tuer les victimes pour les dépouiller lui-même, que d'en attendre la dépouille de ceux qui voulaient se réserver le plaisir de les massacrer... Tous les villages, depuis Lyon jusqu'à Trévoux, Villefranche et Tarare, sont marqués du sang des Lyonnais égorgés par les paysans de ces contrées ; et l'on pourrait