‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 30 sur 275 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Bussac] n'ont pas rougi de présenter comme « un grand acte de justice populaire » les sauvages exploits de la troupe de Maillard. D'autres historiens démocratiques, il est vrai, les ont énergiquement flétris. Notre compatriote Edgar Quinet, entre autres, s'est révolté contre cette « boucherie de chair humaine » et contre tous les excès de la Révolution. Par quelle aberration, des écrivains qui ont horreur du sang, s'attachent-ils à des principes et à une forme de gouvernement qui Font toujours fait couler ! Il faut qu'ils soient plus sains de cœur que d'esprit pour être touchés de maux dont ils perpétuent la cause. Ils ont beau s'autoriser des progrès de l'humanité pour répudier les leçons de l'expérience, leurs rêveries sociales ne peuvent aboutir qu'à la guerre civile. Ou ils sont de mauvaise foi, ou ils ne savent pas le premier mot de la nature humaine et de la science gouvernementale.

Une lettre, écrite aux officiers municipaux de Bourg par notre député Thomas Riboud, offre, dans son premier alinéa, quelques détails sur les sanglantes journées dont nous parlons :

Paris, le 4 septembre 1702, l'an 4 de la liberté et le !"■ de l'égalité.

Messieurs et chers compatriotes, Paris est plus calme en ce moment. Le peuple ne'anmoins est encore occupé à l'attaque de Bicêtre où un grand

nombre de prisonniers ont déjà péri. Ceux de l'hôtel de la Force, de la Conciergerie, de Sainte-Pélagie, des Carmes, du Châtelet, de l'Abbaye, etc., ont eu le même sort. On n'a épargné que ceux qui étaient détenus pour dettes, rixes ou causes légères; à cet effet, on tenait le registre et et on appelait successivement chaque prisonnier. Le nombre des morts est très grand ; on le porte à plusieurs milliers. La ci-devant princesse de Lamballe, le cardinal de la Rochefoucault, plusieurs évêques, près de 200 prêtres sont tombés sous le fer des égorgeurs ; des flots de sang ont coulé I

Pour ramener vos regards sur des objets moins sinistres, je vous annonce que les levées d'hommes sont aussi rapides que prodigieuses. Le malheur est que le nombre des armes n'égale pas celui des hommes; mais tout le monde fournit ou prête les siennes à ceux qui partent. L'ennemi s'est rendu maître de Verdun et de Clermont en Argonne ; on dit Montmédy investi. Quoi qu'il en soit, pour exécuter ses projets il lui faudra vaincre de grands obstacles et des hommes qui paraissent unir dans la plus large mesure le dévouement au courage. Yoici le moment décisif pour la France : faisons tous des vœux pour elle.

On attend avec impatience les députés qui seront nommés à la Convention nationale ; je ne doute pas que Bourg n'en offre d'excellents ; ils ne sauraient arriver trop promptement : le salut du peuple est attaché à leur réunion prochaine.

J'unis, messieurs, mes regrets aux vôtres sur la perte de notre estimable maire (i). Ses vertus, sa douceur et son

(i) M. Quinet, dont nous avons mentionne la mort dans une note du ch, III de la VII« Epoque.

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