CHAPITRE H
répandaient l'épouvante jusque sur la rive opposée de la Seine (i).
Telles étaient les mœurs qu'avait données au peuple de Paris une révolution accomplie aux cris de liberté et d'humanité. Tels étaient les fruits d'une philosophie qui, excluant Dieu des lois et des sociétés, avait la folle présomption de moraliser les peuples par des doctrines vides et impuissantes, et avait transformé en une horde de sauvages une nation jusqu'alors justement fière de sa civilisation et de ses lumières.
Durant ces trois jours de massacres, la conduite des pouvoirs publics avait eu le caractère de la plus insigne lâcheté ou d'une connivence plus coupable encore....
Les prisons étaient vides ; mais la soif de sang allumée par ces longs égorgements demandait de nouvelles proies. Les agents de Danton, n'ayant plus à assassiner ni royalistes ni suspects, se portèrent sur Bicêtre, où trois mille individus, hommes et femmes, étaient renfermés pour divers délits étrangers à la politique. Là, le massacre dura deux jours encore. Les détenus se défendirent et l'on fut, contre eux, obligé de faire usage du canon. Enfin, les assassins, n'ayant plus qu'à s'égorger entre eux, les meurtres cessèrent. Le chiffre des victimes, qui resta toujours inconnu, fut porté par les uns à six mille, par d'autres à dix (2).
Quels furent les instigateurs de ces abominables tueries ? M. Mortimer-Ternaux répond : Marat,
(t) La participation de la belle Théroigne à ces atrocités n'est pas ds.inontrée. Il est certain, au contraire, que la Belle Bouquetière avait mut. lé par jalousie un garde-françoise et avait été pour ce fait condam- ^ nte à mort. Voir Mort mer-Tcrnaux, tome m. p. 291.
(2) Terrier de Loray. Tableau populaire de la Réfoltttion et de la Terrtur, p. 139.
Danton, Robespierre, Manuel, Hébert, Billaud- Varennes, Panis, Sergent, Fabre d'Eglantine, Camille Desmoulins, et une douzaine d'autres individus plus obscurs, membres du Comité de surveillance ou seulement du Conseil général de la commune.
Marat conçut l'idée de Vaillance libératrice de l'assassinat et de la dictature. Danton fut le grand machiniste du complot, Danton, ministre de la justice, qui, le 2 septembre, du haut de la tribune législative, excita le peuple à combattre les ennemis du dehors et surtout ceux du dedans, c'est-àdire, tous les Français qui ne pensaient pas comme lui, en s' écriant : « Le tocsin qui va sonner n'est pas un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, Messsieurs, il faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. »
Roland, ministre de Fintérieur, osa, le premier, parler de la justice du peuple à propos des massacres de septembre. Dans sa longue lettre du 3, au Président de l'Assemblée, on lit ces mots : « Hier fut un jour sur les événements duquel il faut peut-être laisser un voile ; je sais que le peuple, terrible en ses vengeances, y porte encore une sorte de justice. »
A l'exemple de Roland, les auteurs des Fastes de la Révolution^ MM. A. Marrast et Dupont (de