‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 86 sur 275 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Mort de Louis XV!. 2 1 janvier i ~g3 ; récit d'Edgar Quinet ; extrait de la relation du confesseur du roi ; ses paroles • Fils de Saint Louis monter au ciel! » sont-elles authen iques? Opinion de l'abbé de Montgaillard et de M. de MoleAlle. Le corps du roi vainement réclamé à la Convention par M. Benoit Le Duc. — Le régicide Lepelletier de Saint Fargeau tué par un ancien garde du corps; honneurs qui lui sont rendus. Adresse de la Convention au peuple français à l'occasion de ce meurtre et de la mort « du tyran ». — Le député de Pont-de- Vaux, .M. Deydier, motive son vote dans le jugement de Louis XVI, Itttre manuscrite et lettre imprimée. — Curieuse observation sur les régicides. — Changement des noms de rues de la ville de Fourg. — Violent arrêté du Directoire de l'.iin contre le Conseil épiscopal de Beliey. — Explication de la longueur de l'an //, qui dura plus de 20 mois.

Nous emprantons à notre compatriote Edgar uinet le récit de la mort de Louis XVI. Rien de plus glorieux pour Tauguste victime de la Révolution que le blâme infligé à ses bourreaux par un apôtre de la démocratie :

Les Jacobins montrèrent une impatience fiévreuse pendant le procès de Louis X il. Il leur semblait que la vie du roi était le seul obstacle à l'avenir tel qu'ils l'entrevoyaient. Si le pain manquait, la faute en était au Temple. Le roi mort, tout deviendrait facile. L'Europe serait épouvantée, la guerre abrégée, la victoire décisive, l'abondance assurée, les partis résignés ou éteints. Ainsi l'illusion se

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mêlait à la haine ; chaque moment accordé au prisonnier du Temple retardait cette félicité aperçue à travers Féchafaud. Les Girondins, au contraire, voyaient dans la mort du roi le ressentiment implacable des princes, l'Europe indignée, la guerre universelle, à la fin un maître, opinion qui s'est trouvée plus conforme à l'avenir que la première.

Pendant que toute une nation se déchaînait autour de la prison du Temple, un seul homme était calme et semblait étranger à la tourmente : c'était le prisonnier. Rien ne marquait plus en lui le roi que l'indifférence souveraine au milieu des outrages, car on lui avait ôté jusqu'à son nom. On l'appelait Louis Capet, comme si on eût aboli par là le souvenir de ses ancêtres. Jamais on ne surprit en lui un moment de trouble ; pourtant il ne pouvait se faire illusion sur son sort. Aucune réponse barbare, même celles de Jacques Roux : « Je suis ici pour vous conduire à l'échafaud, » ne put le faire sortir de cette mansuétude qu'il dut à sa pieté sincère.

Il lisait Tacite et la Vie de Charles /«'■, qui lui montrait d'avance le chemin du supplice. Il enseignait le latin à son fils ; il méditait, il priait dans une petite tour, quand il pouvait se dérober quelques instants aux regards de ses gardiens. Jamais plus grande paix, au milieu d'une grande tragédie ; ce calme, qu'on ne pouvait concevoir, ajoutait à la haine. Etait-ce un sage, un prêtre, un instituteur? Le dernier homme du peuple peut apprendre de ce roi à mourir.

La veille du 21 janvier, à neuf heures du soir, la. reine, madame Elisabeth, le dauphin, la dauphine, tombent à ses genoux ; ils se tiennent longtemps embrassés au milieu des sanglots. Au moment de se quitter, ils se promettent de se revoir le lendemain. Mais cet adieu devait être le dernier. La nuit fut mêlée de prières et de moments de

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