‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 4)Chapitre 87 sur 275 · CHAPITRE IV. l5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. l5l

sommeil. Un peu avant le jour, vers six heures, le roi entendit la messe et communia. Il ne fit pas avertir la reine, ayant pris déjà congé' des affections terrestres.

Santerre le pressait, la foule attendait. Louis XVI entra une fois encore dans la tourelle où il avait coutume de chercher, de trouver la paix et la résignation. Il en sortit armé contre la mort, puis il dit : « Partons ! »

Il traversa Paris dans le fond d'une voiture fermée, les yeux attachés sur les prières des agonisants, et sur les psaumes. Le silence était profond autour de lui. On ne voyait que des haies de baïonnettes, comme si la ville se fût gardée elle-même contre ce mourant.

Quand il arriva au pied de l'échafaud, sa lecture n'était pas finie. Il l'acheva paisiblement sans se hâter, il ferma le livre ; il descendit de voiture, s'abandonna au bourreau. Comme on s'apprêtait à lui lier les mains, le roi se retrou- •va dans Louis Capet et s'indigna. Il voulut résister ; mais, sur un signe de son confesseur, le roi céda ; il ne resta que le chrétien.

B Je pardonne à mes ennemis. » Tous les tambours de Santerre n'ont pu étouffer ces paroles ni les empêcher de retentir dans la postérité. Louis XVI, seul, a parlé de pardon du haut de cet échafaud où tous les autres devaient apporter des pensées de vengeance et de désespoir. Par là, il semble régner encore sur ceux qui vont le suivre dans la mort avec les passions et les fureurs de la terre, lui seul paraît en être détaché,*déjà posséder le ciel, quand les autres se disputent, jusque sous le couteau, des lambeaux de jiartis déchirés.

Sanson eut beau montrer au peuple la tête de Louis XVI, la tourner à tous les bouts de l'horizon ; il n'avait décapité qu'un homme, non un système, et à qui devait profiter ce epeclacle? La monarchie y perdit moins que la République.

A quoi a servi le supplice de Louis XVI ? Les premiers résultats furent la guerre avec l'Angleterre, l'Espagne, la Hollande, c'est-à-dire avec l'Europe entièx-e : la Vendée soulevée et irréconciliable; la France en péril de mort, la nécessité d'une énergie surhumaine, la Terreur suivie de ^ l'épuisement de la Révolution, le royalisme renaissant, et, déjà chez quelques-uns, le despotisme acclamé au fond du cœur (i).

M. Quinet, qui fait la critique plus que Phistoire de la Révolution, a sacrifié quelques détails à l'exposé de SCS idées. Complétons son récit par un extrait de la relation du confesseur du roi, l'abbé Edgeworth de Firmont :

Dès que le roi fut descendu de la voiture, trois bourreaux l'entourèrent, et voulurent lui ôter ses habits; mais il les repoussa avec fierté, et se déshabilla lui-même. Il défit également son col, sa chemise, et s'arrangea de ses propres mains. Les bourreaux, que la contenance fière du roi avait déconcertés un moment, semblèrent alors reprendre de l'audace; ils l'entourèrent de nouveau, et voulurent lui lier les mains. « Que prétendez-vous ? leur dit le roi en retirant ses mains avec vivacité.

— Vous lier, répondit un des bourreaux. — Me lier ? répartit le roi d'un ton d'indignation : non, je n'y consentirai jamais 1 Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas ; renoncez à ce projet. » Les bourreaux insistèrent ; ils élevèrent la voix, et semblaient vouloir appeler du secours pour le faire de vive force.

^1,^^^ (i) La Révolution, 7' édition, tome I, p. 340.

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