‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 112 sur 217 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

une adresse des plus incandescentes aux municipalités du district :

Frères et amis,

Le François gémissoit, depuis des siècles, sous le joug du plus honteux esclavage, sans loix permanentes et sans Constitution. De la hauteur de son trône, le monarque dictoit impérieusement sa volonté despotique, et la plus fiére Nation, en esclave soumise, se voyoit forcée d'obéir à des ordres arbitraires; les fortunes particulières, par le plus affreux des abus, étoient devenues le partage d'une cour déprédatrice, et déjà la France anéantie, épuisée de finance, touchoit au moment terrible de la banqueroute : le plan en étoit préparé ; son exécution alloit compromettre notre honneur et anéantir notre crédit chez l'étranger. Mais notre Nation, se montrant ce qu'elle fut toujours, SOUVERAINE (sic), se réveille de son sommeil léthargique, et brise à l'instant des chaînes trop longtemps appesanties sur elle ; elle fait plus, des dettes immenses contractées par la plus affreuse dilapidation, sont déclarées nationales ; l'honneur françois, par ce trait d'héroïsme, brille d'un nouvel éclat chez tous nos voisins, et se regardant digne de la liberté, elle en fait la conquête, pour l'affermir ensuite par une Constitution, dont la sagesse étonne aujourd'hui l'univers.

Quel pathos hyperbolique ! quel salmigondis d'esclavage et de liberté ! Admirez surtout cette Nation toujours souveraine qui dort enchaînée.

Ce flux de paroles ampoulées continue pendant huit pages. Le club dit que la Constitution va « bientôt armer contre nous des brigands intéres-

2l6 CINQUIÈME ÉPOQUE.

ses à perpétuer notre esclavage, des despotes qui croient notre exemple contagieux pour les peuples d'esclaves auxquels ils commandent. » Puis, il rappelle aux Frères et Amis qu'ils ont juré sur l'autel de la patrie de vivre libres ou de mourir, et il leur reproche de se faire tirer Toreille pour prendre les armes :

N'en doutez pas, cette résistance à vous armer pour la défense de la patrie vous ramèneroit aux horreurs de l'ancien régime ; vous verriez se rétablir contre vous ces droits abusifs de la féodalité ; vous verriez ces seigneurs remonter leurs justites, placer leurs fourches patibulaires, multiplier leurs colombiers , former de nouvelles garennes, donner naissance à des troupeaux de lapins, rétablir leurs chasses pernicieuses, dévaster vos moissons par le grand nombre de bêtes fauves et leurs meutes de chiens ; et, sans pitié pour vous, ils feroient revivre ces droits abolis par l'Assemblée nationale ; en outre, vous payeriez encore les dîmes, les droits sur les vins, le prix énorme du sel, celui excessif du tabac que vous pouvez maintenant cultiver ; en un mot, ces impôts qui pesoient sur vos personnes comme sur vos propriétés. Les privilèges éteints reprendroientleur première institution despotique. Les gardes de la ferme générale, ces satellites distribués par légions, vous tyranniseroient, vous chargeroient de chaînes encore plus pesantes que celles qui vous accabloient...

Et cependant le club de Trévoux ne trouve rien de mieux pour finir son exhortation belliqueuse que d'évoquer l'exemple de l'abominable régime, que de souhaiter à ses frères et amis « ces senti-

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