CHAPITRE V. 2I
Cependant des critiques sérieuses n'attendirent pas pour se produire que Tœuvre des législateurs fût achev^ée. Nous les trouvons parfaitement résumées dans le programme d'un exercice du collège de Bourg. C'était le 25 août, à la distribution des prix. Trois rhétoriciens (Joseph- Jérôme Dismier, Pierre Falconnet et Charles-Joseph Tavel) luttèrent d'éloquence pour attaquer, défendre et juger la Constitution. Il va sans dire qu'elle sortit triomphante de cette épreuve : la plupart des auditeurs fondaient des espérances chimériques sur la proclamation des droits de l'homme, et voyaient tout en beau. Malheureusement la réalité justifia les objections que nous empruntons au programme :
Enfantée par l'ignorance et la passion, appuye'e sur l'injustice, réprouvée par le bon sens et l'intérêt général, mais accueillie par l'enthousiasme d'un peuple ami de la nouveauté, et facile à séduire, notre nouvelle Constitution sera à jamais l'opprobre de ses auteurs, la honte du nom français et le triomphe de nos ennemis. Devant elle ont disparu avec la rapidité de l'éclair, toutes les institutions de nos sages aïeux , quoique leurs avantages nombreux fussent constatés par le témoignage irrévocable d'une longue expérience, par le progrés de la prospérité nationale. Rien n'a échappé à la faulx tranchante de nos réforma- |:eurs : laforme même du gouvernement qui subsistait avec 5I0 re depuis quatorze siècles n'a pas été respectée ; on ne lous a laissé que l'ombre de la monarchie. Vainement, )Oi.r nous faire illusion, mêle-t-on quelquefois le nom acre de Roi à celui de pouvoir exécutif : un homme privé
du droit de concourir efficacement à la confection des loix, du droit de paix et de guerre, du droit, plus précieus encore pour un cœur sensible et généreux, d'arracher è l'ignorance ou à la surprise des juges d'infortunées vie times : un homme sans force, sans autorité, sans considération, enfin le greffier d'une assemblée souveraine, despotique, ne mérite jamais le titre auguste de monarque Si c'est par ses effets qu'on doit apprécier un établisse' ment, où trouver des expressions assez énergiques poui caractériser une Constitution aussi profondément vicieuse i Au lieu de cette égalité chimérique, de cette aimabk liberté, de cet ordre immuable fondé sur la loi, qu'elle semble nous promettre, régnent partout un arbitraire absolu, un esclavage avilissant, une licence farouche. Une armée sans discipline et sans frein, un peuple qui m reconnoît aucune bornera sa souveraineté nouvellemeni reconquise, des victimes célèbres et nombreuses, des vexa^ tions de tous les genres, des cruautés inouïes (tristes trophées de la liberté française), le commerce et les arts dans l'inertie, une disette extrême de numéraire, un papiei sans confiance, une émigration effi-ayante, le Trésor public épuisé, le crédit national perdu sans ressource, k plus grand nombre des Français à la misère : telles sont les heureuses prémices de notre bienfaisante Révolution : telle est l'aurore du beau jour qui doit éclairer notre empire régénéré (i).
La Société des Amis de la Constitution de Trévoux fêta l'aclièvement de ladite Constitution par
(i) Plaidoyer pour la Constitution française. Bourg, 1791, 4 p. in-4''. - Ph. L. D.