CHAPITRE II
Citoyens,
La Patrie est en danger ; de noirs complots se trament contre votre liberté ; des indices certains ne permettent pas d'en douter. Des traîtres, ne respirant que la dévastation et le carnage, veulent réduire en affreux déserts les belles contrées de l'Empire français ; une populace de despotes, ennemie du genre humain, tremblante de voir échapper la tyrannie de ses mains, soutient la rébellion. Attendez-vous, Citoyens, que vos champs soient dévastés ; attendez-vous que les mêmes champs, arrosés de vos sueurs , soient inondés de sang; attendez-vous que des scélérats qui ont porté leur honte et leur fureur chez les puissances voisines, reviennnent, le fer et la flamme à la main, détruire vos habitations, exterminer vos femmes et vos enfans, et vous forcer à reprendre des chaînes que la Constitution a brisées ; attendez-vous que l'horrible régime féodal renaisse pour vous asservir. Voulez-vous le rétablissement de la dîme qui alimentoit des gens inutiles ? Youlezvous que des perquisitions domiciliaires, faites par les suppôts de la ferme, viennent troubler votre repos ? Préférez-vous enfin la servitude à la liberté? Non, Citoyens, vous ne commettrez pas cette lâcheté ; vous avez juré de vivre libres ou mourir ; vous ne serez pas parjures...
Citoyens, qui êtes en état de porter les armes, et surtout vous, vigoureuse jeunesse, écoutez la voix de la Patrie qui vous appelle à sa défense. Il ne s'agit pas de combattre pour les fantaisies ou l'ambition d'un roi, mais pour venger les insultes faites à la première et à la plus puissante nation de TEurope : vous reviendrez vainqueurs...
it vous, respectables mères de famille, l'amour de la Patrie doit l'emporter dans vos âmes sur les affections de la lature ; imitez l'héroïsme des femmes de Lacédémone
qui dans le doute du succès d'une grande bataille, accouroient éplorées aux portes de la ville et demandoient si leurs fils avoient pris la fuite : non, leur répondit-on, ils sont restés sur le champ de bataille. A cette nouvelle, les Lacédémoniennes changèrent subitement de contenance ; leur fermeté succéda au désespoir, et de concert, ces femmes vertueuses s'écrièrent : Allons remercier les dieux, nos fils sont morts pour la Patrie (i) !...
Ce beau morceau de littérature patriotique est signé par MM. Perrin, Vice-Président, Vuy, Perné, Morand ; Buget, Procureur-Syndic ; et RouYER, secrétaire.
Le procureur-syndic l'accompagna d'une longue lettre d'envoi dans le même style ; on en jugera par la première phrase :
Messieurs, L'instant approche où la Nation française doit montrer sa puissance; des traîtres osent l'insulter; ils invoquent le secours des puissances étrangères, de ces despotes du Nord qui, accoutumés à conduire des hommes comme de vils animaux, croient voir l'abolition de leur tyrannie dans le saint évangile de notre Constitution (!!!) : ces tyrans usent d'une ténébreuse politique, n'attendent pour se déclarer que le moment où leurs mesures combinées et effectuées leur permettront l'espoir de nous écraser ; mais leurs complots sont prévus et seront déjoués (2). . .
[i) Proclamation du Directoire du district de Bourg, pour le recrutement de l'armée de ligne, en exécution delà loi du 25 janvier ijgs. Bourg, 4 p. in-4». — Ph. L. D.
(2) Lettre de 8 p. in-4° datée de Bourg, le 12 février 1792, an IV de la liberté. - Ph. L. D.