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CHAPITRE III

Persécution religieuse, cadavre traîné dans les rues de Gex. — Massacre du maire d'Etampes, le 3 mars 1792 ; honneurs funèbres qui lui sont rendus par les patriotes de Bourg, enthousiasme déplacé. — Lettre du Directoire de l'Ain à la députation sur la crise anarchique. — Discours de Blanq-Desisles aux volontaires de Rhône- et-Loire. — Opinion de MM. Buche^ et Roux sur le désordre général ; proclamation municipale de Belley ; discours de Brillât-Savarin. — Disette, arrêté du Directoire de l'Ain contre l'exportation du blé. — Les Jacobins, auteurs des troubles de la France, démasqués par André Chénier ; la Constitution, cause première du mal.

A la séance législative du i8 février 1792, le ministre de Tintérieur, ayant à rendre compte de la situation du royaume, dit naturellement, à propos de la situation religieuse, que rien n'avait été changé aux croyances et aux cérémonies de l'Église, et que le schisme n'avait aucune raison d'être. Mais il le constata, et il produisit nombre de faits pour démontrer que les deux partis se persécutaient mutuellement.

D'une part, le clergé assermenté ou conformiste^ selon l'expression du ministre, n'était pas tDujours soutenu par les municipalités. Les citDyens, fidèles à l'ancien clergé, s'insurgeaient au

nom de la liberté des cultes, rouvraient les églises fermées, réclamaient leurs anciens curés, ne reconnaissaient pas les nouveaux, les insultaient, les renvoyaient, surtout s'ils étaient mariés. (Il y en avaient déjà trois de mariés dans l'Aube, la Haute- Vienne et au Havre), Presque partout la résistance à la Constitution ecclésiastique était une cause de conflit et d'agitation.

D'autre part, dans un grand nombre de départements, les Directoires pour favoriser le culte salarié, faisaient fermer les églises non paroissiales, fulminaient des arrêtés d'expulsion et de détention contre les prêtres réfractaires. Quarante-cinq, par exemple, étaient alors enfermés au château de Brest, sans forme de procès. Les prêtres conformistes et leurs partisans insultaient les prêtres et les paroissiens fidèles, baptisaient de force les enfants du parti adverse et refusaient la sépulture à qui n allait pas à leur messe.

Précisons cette dernière allégation par quelques faits. Le premier intéresse notre pays,

A Gex, département de l'Ain, dit le compte-rendu, le cadavre du sieur Chapoulier a été exhumé du cimetière, traîné nud dans les rues et enterré dans la place publique ; parce que, dit-on, le sieur Chapoulier n'alloit point à la messe du curé conformiste. Des lettres particulières m'attestent que des faits semblables ont eu lieu à Lille.

A Sauve, département du Gard, le curé a refusé la

sépulture à la dame Picard, sœur régente de l'instruction, parce qu'elle n'étoit pas conformiste. Le même curé n'a point voulu qu'on inhumât la dame Deleuze, parce qu'elle n'alloit pas à sa messe et ne l'avoit point fait appeler pour lui administrer les sacremens.

A Nevers, département de la Nièvre, la mort d'une dame Petit, non conformiste, a occasionné. une insurrection, et le cadavre a reçu des outrages odieux (i).

Avant de produire les faits de persécution à la charge des conformistes, le ministre n'avait pu s'empêcher de dire :

Je dois aussi mettre sous les yeux de l'Assemblée nationale quelques faits qui prouvent que les prêtres sermentés et les amis du nouvel ordre de choses ne se sont pas toujours contenus dans de justes bornes, et que cette absolue liberté religieuse, promise par la Constitution, a souvent été violée d'une manière bien coupable. Je le dis avec douleur; si, d'un côté, l'on voit des fanatiques, de l'autre, on voit des persécuteurs, et il semble que le sentiment de la tolérance soit effacé de tous les coeurs (2).

Ces paroles malheureusement n'arrêtèrent pas la persécution; à en juger par ce qui se passa dans notre pays, les Directoires n'en tinrent nul compte : c'est en effet un mois plus tard que fut entrepris l'inique procès Ruivet, raconté dans le précédent chapitre.

( I ) Compte-rendu par Bon-Claude Cahier, ministre de l'intérieur à ! Assemblée nationale dans la séance du samedi j 8 février 7792. l'aria. 1792. 52 p. in-4<'. — Ph. L. D.

(2) Compte-rendu cité ci-dessus, p. 28.

Le 3 mars 1792, le maire d'Etampes, M. Simoneau, fut massacré sur la place du marché par de» furieux qui voulaient fixer à leur guise le prix du blé. La Société des Jacobins écrivit une lettre de condoléance au fils de la victime. L'Assemblée législative décréta, le 18 mars, qu'il serait érigé sur la place du marché d'Etampes une pyramide triangulaire, portant sur une face : Guillaume SiMONEAu, MAIRE d'Etampes, mort le 3 mars 1792; — sur une autre face : La Nation française a la

MÉMOIRE d'un magistrat FRANÇAIS QUI MOURUT POUR

LA LOI, DÉCRET DU i8 MARS 1792 ; — et sur k troisième face, les dernières paroles de l'infortuné maire : Vous pouvez me tuer, mais je mourrai a MON poste. Plus tard, 12 mai, un autre décret institua en l'honneur de Simoneau la Fête de la Loi qui fut célébrée le 3 juin.

Les patriotes de Bourg payèrent aussi leur tribut à la mémoire du célèbre citoyen. Voici le compterendu de la cérémonie,, publié par la Société des amis de la Constitution :

La Société est allée en deuil à l'église paroissiale pour rendre les hommages funèbres au vertueux Simoneau, maire d'Etampes. Les dames patriotes ont mêlé leurs larmes aux siennes, et ont voulu faire les frais de la cérémonie. La foule des citoyens s'y est rendue avec les Officiers municipaux, revêtus de leurs écharpes, çt les corps administratifs.

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