‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 145 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Et bien, que tardez-vous, harmonieux Orphe'es ?

Si sur la tombe des Persans Jadis Pindare, Eschyle ont dressé des trophe'es,

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s'élever sur nos autels.

Beaux-arts qui faites vivre et la toile et la pierre,

Hâtez-vous, rendez immortels Le grand CoUot-d'Herbois, ses clients helvétiques,

Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques.

Peuplez le ciel d'astres nouveaux, O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide,

C'est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d'une reine timide

Sont tressés en célestes feux (i) ; Pour vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes

Flotte encore dans l'azur des airs (2) . Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,

Comme eux dominateurs des mers.

Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles.

Et que le nocher aux abois Invoque en leur galère, ornement des étoiles,

Les Suisses de CoUot-d'Herbois (3) !

A la date du 20 avril 1792, M. Reydellet, homme de loi, écrivit aux Amis de la Constitution

(1) Allusion à la constellation dite Chevelure de Bérénice.

(2) Les quarante galériens sur la galère triomphale de la fête, comparés a IX conquérants de la Toison d'or.

(3) Cette pièce sans titre clôt sous le n* X la série des Hymnes, dans l'idition donnée par M, Gabriel dç Chcoier, X, UI, p. 2i5.

de Bourg la lettre suivante, qui prouve que ces messieurs recueillaient les signatures de leurs adresses avec fort peu de scrupule :

Bourg, le 20 avril 1792. Messieurs,

Le rapport de l'insulte qu'un de vos nriembres prétend avoir été faite à la cocarde nationale, a excité, sans autre examen, votre zèle pour l'honneur de la Nation. Vous avez pris une résolution étonnante, et des lettres sont parties pour l'Assemblée nationale, le Roi des Français, et le Roi de Sardaigne. J'ignore ce qu'elles renferment, je ne sais si' elles ont été dictées par la raison, mais c'est cette incertitude qui me fatigue. Je crains que l'on ait abusé de la foiblesse de l'âge de nos deux fils aînés, écoliers de troisième, l'un âgé de près de quinze ans et l'autre de treize ans et demi. La curiosité les avoit conduits dans la séance où vous avez fait éclore ces productions. Ils m'ont assuré qu'on leur a fait signer un acte quelconque, dont ils ignorent le contenu. Les personnes d'un sens droit et rassis ont donc refusé d'approuver ces pièces, puisqu'on a été forcé d'emprunter la signature de plusieurs enfants ; car les miens ne sont pas les seuls qui aient signé. Seroitce ainsi que l'on auroit présenté une foule d'adresses, comme formant le vœu du plus grand nombre? Je suis père, je sens vivement les conséquences d'une pareille action. Je vois avec regret mon nom apposé au bas d'une pièce qui peut compromettre toute ma famille. Il a toujours été dans mes principes de respecter les Puissances ; et biei;i que la Constitution me laisse le droit de la critiquer, en exerçant cette critique, je ne la respecte pas moins.

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