‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 155 sur 217 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Malheureux début de la guerre, déroutes de Mons et de Tournay. anarchie croissante, lettre du député de Pont-de-Vaux. —Nos populations craignent la disette et l'invasion; mesures contre l'exportation des grains, fournitures à faire à l'armée. Dispositions hostiles de la Savoie, mise en défense de noire frontière ; lettres inédiles du Directoire de l'Ain, de M. Gauthier [des Grcières), des Directoires de Gex et de Belley, de M. de Carové, de M. Buget, de M. de Montesquiou et de M. Milin de Grandmaison. — Dissolution des confréries de Pénitents, discours de M. Berthet à Pont-de-Vaux et à Marbo\.

La guerre commença sur la frontière du Nord. Le plan de Dumouriez, chef des opérations militaires, était d'envahir la Belgique, soumise à TAutriche depuis le traité de Rastadt.

Le début de la campagne ne fut pas heureux. A Quiévrain, deux régiments de dragons, qui s'avançaient sur Mons à la tête d'un corps de dix mille hommes commandés par le général Biron, prirent la fuite le 29 avril en criant qu'ils étaient trahis. Le même jour, du côté d'Épernay, trois mille hommes en face de neuf cents Autrichiens se replièrent sur Lille et massacrèrent leur général Théobald Dillon.

La situation à l'intérieur ne valait pas mieux. L'anarchie étendait ses ravages, et les vrais cou-

pables s'en lavaient effrontément les mains en accusant le clergé réfractaire.

Les départements sont trouble's par les factieux, écrivait le député de Pont-de-Vaux à ses commettants ; les impositions ne sont point payées ; les lois sont violées ou mal exécutées ; les pouvoirs constitués sont méprisés, et quelquefois ils malversent. Ici ce sont des troubles religieux ; là, ce sont les ci-devant privilégiés qui mettent le désordre. A peine la tranquillité est-elle rétablie dans un département, que la discorde renaît dans un autre. L'anarchie s'étend et fait des progrès.

Tous ces maux, dont les bons citoyens gémissent, sont suscités par les émigrés, et les prêtres non-sermentés, leurs fidèles alliés. Partout ce sont les prêtres et leurs agents qui agitent et égarent le peuple. Ce sont eux qui lui disent que la religion est perdue, parce que, selon le vœu de la raison, on a restitué aux Français la liberté de penser, et d'adorer Dieu selon leurs différentes manières de l'envisager; et parce que surtout, on les a dépouillés de leurs richesses fastueuses dont ils abusoient (i).

Ces déclamations ne calmaient pas les inquiétudes des populations. La crainte de la disette avait redoublé avec la déclaration de guerre. Une émeute avait eu lieu le 25 avril au marché de Bourg. Le Directoire put, il est vrai, rassurer le public en le prévenant, le 28, que Texportation était rigoureusement surveillée, que le département était large-

{ï) Lettre de M.D"* (Deydier), député du département de V Ain à ses commettants. Paris, Imprimerie nationale (premiers jours dç mai 1792), 12 p. in-8. — Pli. L. D.

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