CHAPITRE V. " J
Revenons sur nos pas pour assister à la dissolution de deux confréries laïques,
M. Berthet, qui les présidait, homme de loi à idées libérales, admirateur de la Constitution, reçut, le 3o avril 1792, Tévêque de l'Ain dans l'église des Pénitents du Confalon de Pont-de- Vaux(i), et lui adressa les compliments les plus gracieux; ce qui ne Tempêcha pas de déplorer le décret de suppression et de faire l'éloge de ses confrères :
Vous nous visitez, Monsieur, dit-il à l'évêque, dans
un moment bien critique. Soumise au décret de suppression lancé contre les confréries de Pénitens, cette compagnie va perdre son existence civile. L'obéissance aux loix n'interdit pas la sensibilité ; vous devez être notre père, soyez le dépositaire de nos justes regrets.
Les cris inconsidérés d'une philosophie qui ne respecte rien, les clameurs tumultueuses des importuns qui entourent le sanctuaire des loix, ont provoqué l'anéantissement des confréries. Nous les avons entendus sans étonnement et sans inquiétude, nous espérions que la justice des législateurs les rendroit inaccessibles à ces impressions ennemies de toute justice.
Les confréries, disions-nous avec autant de confiance
(i) Confalon onGonfalon. bannière d'église. Les Pénitents de Pont-de- Vaux s'étaient placés sous la protection de Notre-Dame du Confalon. Leurs statuts ont été publiés par Ch.-Em. Borjon de Sceller)', gouverneur de Pont-de-Vaux, dans son petit livre intitulé : Trésor de la Pénitence pour les confrères pénitents de la dévote Société du Confalon, canoniquement instituée à Pont-de-Vaux. 2« édition, 1767. 170 p. in-12. — Ph. L. D.
3o6 SIXIÈME ÉPOQUE.
que de vérité, doivent être regardées comme un arbre antique, élevé par la piété et la bienfaisance de nos pères. Les branches multipliées de cet arbre plein de sève couvrent et garantissent de leur ombre l'indigent et le malheureux; ses fruits sont des fruits de vie : l'opinion publique le protège, il sera respecté par les amis des hommes... La nouvelle de sa chute nous a causé autant de surprise que de douleur ; et dans le premier moment, sans déroger au respect dû aux législateurs, il nous est échappé de dire : hélas 1 entre des mains prudentes et sages, la coignée devoit-elle frapper l'arbre qui ne produit que de bons fruits f
Les confréries justifieront leur patriotisme par une prompte soumission à la loi; mais, même en périssant, elles conservent le droit de revendiquer l'estime publique qu'on a voulu leur enlever. Ces mascarades religieuses^ a dit un homme de talent (qui dans cette occasion n'a pas celui d'être honnête et judicieux) réveillent des souvenirs que l'humanité et la raison doivent se hâter de proscrire. Consolez-nous par votre suffrage, Monsieur. Où est l'objet de ce reproche si pompeusement hasardé? C'est une injustice d'assimiler les pénitens modernes aux pénitens fanatiques et atrabilaires du douzième et treizième siècle. Ils en sont peut-être les descendans; mais les François qui ont pris leur origine au sein des hordes gauloises, sont-ils pour cela entachés de leur barbarie et de leur infâme superstition ?....
Le mot de mascarade jette à la vérité un petit ridicule sur le costume des pénitens ; mais le mal du ridicule est-il toujours celui de la raison ? Sous cet uniforme le pauvre et le riche étoient à l'unisson : vu de cette manière, ce masque devoit trouver grâce auprès d'un apôtre de l'égalité. Au fond, sous quelque uniforme que ce soit, l'homme