CHAPITRE V. 3o
« Messieurs, après avoir examiné les ve'ritables moyens de défense que je serois dans le cas d'employer, si une attaque sérieuse se dirigeoit contre le département de l'Ain, j'ai cru devoir vous proposer quelques précautions sans lesquelles tous les plans que je pourrois former seroient inutiles. Je compte par une position centrale sur le Rhône couvrir immédiatement Lyon et pouvoir me porter également sur les points menacés du département de l'Isère et du département de l'Ain. Mais , pour qu'une armée puisse marcher, il faut qu'elle ait des subsistances assurées, et, pour qu'elle puisse marcher vite, il faut qu'elles soient préparées d'avance. Il seroit donc nécessaire, Messieurs, que nous concertassions un plan de marche en cas d'événement, depuis le pont de Saut jusqu'à Seyssel, d'un côté, et jusqu'à Gex, de l'autre, et que sur ces deux routes il y eût des précautions prises pour y fournir à dix ou douze mille hommes des fourrages, des moyens de transport et des vivres. De cela uniquementt dépend la possibilité ou l'impossibilité de vous défendre en cas d'attaque. J'ai cru d'autant plus important de vous prévenir sans délai de ces précautions que je suis positivement instruit qu'il sort journellement de votre département des fourrages et des chevaux qui vont en Savoye porter à l'armée du roi de Sardaigne des ressources dont la nôtre pourroit manquer au besoin. Je laisse à votre sagesse. Messieurs, la combinaison des mesures qui peuvent assurer un service si important, et je vous offre, au reste, tous les secours que l'administration des vivres de l'armée du Midi pourra vous fournir ; j'ai en conséquence recommandé à M. Milin de Grandmaison, commissaire général de se concerter avec vous (i). »
(i) Lettre inédite. — Ph. L. D.
Le même jour, 3i mai, le commissaire général demande qu'il soit formé à Belley un magasin de looo à 1200 quintaux de paille, de 1,200 à i,5oo quintaux de foin et de pareille quantité de mesures d'avoine ; — qu'un pareil magasin soit établi à Seyssel ou à Billiat, — et que dans le district de Gex il en soit fait un troisième de 2,000 quintaux de paille, 2,000 de foin et 3, 000 mesures d'avoine (i).
Le 4 juin, le Directoire du district de Gex informe le département que tous les fourrages passent à l'étranger depuis l'arrêté du 29 mai qui lève les prohibitions (2).
Le 8 juin, les Administrateurs de l'Ain adressent à nos députés copie des trois pièces précédentes avec leur arrêté du 29 mai, et se plaignent de la décision de l'Assemblée nationale. « Toutes ces pièces, disent-ils, vous convaincront de plus en plus de l'utilité des mesures provisoires que nous avons adoptées, et des événements fâcheux auxquels nous sommes exposés par les dispositions contraires qui ont été prises par l'Assemblée nationale pour n'avoir pas connu suffisamment notre situation. Nous devons croire que nous n'éprouverons pas de pareils inconvénients à l'avenir; il en résulte des maux irréparables puisque les fourrages enlevés ne rentreront pas, puisqu'un détachement de i,5oo hommes, qui va être cantonné dans le pays de Gex, en sera dépourvu pendant un mois et sera forcé d'user bientôt des fourrages nouveaux qui sont dangereux. Notre prévoyance avoit donc été utile, et l'eiîet s'en trouve annulé (3).
(1) Lettre inédite, datée de Belley. — Ph. L. D.
(2) Lettre inédite, signée : Barberat et Sédillot. — Ph. L. D.
(3) Lettre inédite, signée : Gauthier, Bochard, Vaulpré, Jourdan et Guillon.