CHAPITRE VI
à Vinzelles, district de Mâcon, département de Saône-et- Loire. Il est âgé d'environ quarante-cinq à cinquante ans, taille de cinq pieds six à sept pouces, corps mince, les épaules grosses, jambe aGsez bien faite, cheveux rouges, fiont découvert, barbe et sourcils rouges, visage plat et long assez pâle avec des rousseurs, les yeux grands, gris et égarés, le nez grand, bouche large, dents gâtées, menton fourchu.
Fait à Nantua en Directoire le i3 juin 1792. Signé: Courtois, vice-président, Guichon, Guinet (i).
Le flot de la Révolution montait toujours. Louis XVI n'avait plus la force de Téviter.
D'odieux libelles lui faisaient perdre Taffection du peuple.
La majorité de TAssemblée législative lui était hostile. Les Girondins voulaient qu'il abdiquât en faveur du dauphin et comptaient s'emparer de la régence, en attendant que la France fût démonarchisée. Les Cordeliers, que dirigeait le farouche et cynique Danton, aspiraient à l'élever sur les ruines du trône pour se gorger de richesses et se livrer à tous les excès du pouvoir et du plaisir. Les Jacobins, niveleurs impitoyables, rêvaient la république et la loi agraire pour effacer, la guillotine ridant, toutes les distinctions sociales.
Les ministres eux-mêmes servaient les factieux plus que la royauté. Servan, à Tinsu de Louis XVI ,
[i) Manuscrit original. — C" D.
proposa et fit décréter, le 8 juin, un camp de vingt mille hommes sous les murs de Paris, camp qui devait être formé de volontaires, envoyés de tous les points du royaume à Toccasion de la fête du 14 juillet, choisis sous l'influence des Jacobins, et tout disposés par conséquent à leur prêter main forte. Huit mille citoyens signèrent une pétition contre le camp projeté. Roland néanmoins, par une lettre pressante et peu respectueuse, se permit d'exhorter le roi à sanctionner ce décret et celui de la déportation des prêtres. Cette fois Louis XVI ne se laissa pas intimider ; il refusa sa sanction aux deux décrets, et congédia trois ministres : Servan, Roland et Glavières.
Les Jacobins furieux ne furent que plus ardents à préparer Tinsurrection qu'ils avaient fixée au 20 juin, jour anniversaire du Serment du Jeu de paume, et à laquelle ils avaient convié les Frères et amis de la province.
Une première bande de Marseillais se présenta, le 19 juin, à l'Assemblée nationale, séance du soir, comme députation des hommes libres du midi, et le chef de la bande prononça ces paroles incendiaires :
Législateurs, la liberté française est en péril. Les hommes libres du Midi sont prêts à marcher pour la défendre. Le jour de la colère du peuple est enfin arrivé. Ce peuple, qu'on a toujours voulu- égorger ou enchaîner, est las