‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 205 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

verie de sang et de feu, à peine d'être mis hors la loi et de voir ses biens confisqués.

Il a incendié le Cap français ; et par une proclamation, il a porté la peine de mort contre les malheureux qui viendraient chercher dans les décombres de leurs maisons, les objets échappés aux flammes, sous prétexte que les propriétaires s'étant rendus coupables envers la République, leurs biens devaient lui appartenir.

Sonthonax a déclaré criminel de lèse-nation les marins qui seraient trouvés à terre après sept heures du soir ; il a signé l'ordre d'incendier les vaisseaux de la République. Par une proclamation il a défendu aux femmes qui fuyaient cette malheureuse colonie d'envoyer à bord aucun de leurs effets, déclarant que les contrevenantes seraient réputées émigrées, et seraient fusillées sans autre forme de procès. De son propre aveu, il a vendu des passeports pour des sommes considérables. En est-ce assez, Représentans? Et remarquez que je ne vous parle que d'fictes publics, signés, avoués de lui, de lois atroces que ne feraient pas les tigres de la Libye....

Représentans, l'état cruel de Saint-Domingue est intolérable ; la manière dont ce malheureux pays a toujours été gouverné, est intolérable. Ce fut une action odieuse et co jpable, que d'avoir renvoyé à Saint-Domingue Sonthorax, le perturbateur impétueux du repos et de la paix de cette île infortunée, Sonthonax, dont un concert d'exécrations et de malédictions depuis quatre ans fait retentir le nom dans les deux mondes : on ne se joue pas ainsi des choses et des hommes. Le châtiment de la tyrannie doit expier la profonde immoralité qui couronne le crime audacieux, et faire oublier le jour où ces tigres se firent couvrir de fïeurs par de jeunes filles chantant des hymnes à leur louange.

Nous avons emprunté au mémoire de Bacon- Tacon les trois citations qui précèdent. Il y a là sans doute beaucoup d'exagération. Nous ne croyons pas plus aux millions qu'aux femmes sciées entre deux planches.

Si Sonthonax fut cruel, il faut convenir que la position difficile dans laquelle il s'est trouvé l'obligeait à user des droits de la guerre.

Quant à ses richesses que son dénonciateur Granier fixe à quinze millions, il faut en rabattre singulièrement. « Il avait peu songé à grossir sa fortune , dit la Biographie universelle , puisqu'après avoir exercé un si grand pouvoir dans une colonie opulente, il ne jouissait guère que de dix mille livres de rente. » Quel dictateur se contenterait aujourd'hui de si minces bénéfices !

Quoi qu'il en soit, Bonaparte ne l'admit pas dans l'expédition de Saint-Domingue de 1802, expédition si tristement célèbre par la perte de cinquante mille hommes d'éhte, par la mort du général en chef Leclerc, beau-frère du premier consul, par l'enlèvement déloyal de Toussaint- Louverture, et si malheureusement terminée par la perte définitive de la plus belle colonie française.

Malgré la protection de Fouché, malgré ses mémoires sur Saint-Domingue, Sonthonax ne put obtenir les bonnes grâces du maître. Compris sur|

une liste de déportés, il fut conduit à la Conciergerie, puis exilé à Fontainebleau. Là, voyant que son rôle politique était achevé, il prit le parti de se retirer dans son pays, près de sa famille. Il revint donc à Oyonnax, oià il mourut d'obésité, au mois de juillet i8i3, dans sa cinquantième année.

Avec une âme fière, de Tinstruction et des sentiments républicains très fermes, Sonthonax n'a réussi qu'à perpétuer la lutte entre les blancs et les noirs, et à préparer la perte de Saint-Domingue. Il est vrai que les premiers coupables sont les constituants qui n'ont pas prévu Teflet désastreux que produirait sur les colonies à esclaves l'application immédiate du nouveau régime. Il fallait, comme Ta dit Lamartine, en tête de son poëme dramatique de Toiissaint-Louverture^ il fallait a se présenter aux colonies, la liberté dans une main, l'indemnité dans l'autre, et ménager la transition de l'esclavage au travail libre, de manière à ce que ce bienfait pour les uns ne fût pas une ruine et une catastrophe pour les autres. »

Le 4 août 1792, quatre députés marseillais se présentent devant le Conseil permanent de la commune de Bourg, et l'un d'eux, Pierre Laugier, demande alliance pour exercer « une surveillance active sur la ville de Lyon, dans laquelle se sont

Sga SEPTIÈME ÉPOQUE.

retirés beaucoup de citoyens mal intentionnés, depuis que Ton a découvert Todieux complot de livrer Marseille au meurtre et au pillage, » et il invite le Conseil à prendre « des précautions imposantes contre tous les perturbateurs du repos public et surtout contre les prêtres insermentés. » Le Conseil décide à l'unanimité que le Directoire du département sera prié « de prendre en considération les désordres et les malheurs suscités parle fanatisme, et d'employer provisoirement tous les moyens que leur indiqueraient la sagesse et le salut du peuple, même la déportation, ou la saisie des personnes pour être remises, sous sûre garde, en otages dans un édifice national (i). »

La municipalité de Bourg, dominée par Blanq- Desisles, prenait volontiers Finitiative de la persécution révolutionnaire. Nous la verrons bientôt devancer le Directoire dans la violation du secret des lettres, comme un peu plus tard,, elle devancera les Commissaires de la Convention dans Tarrestation des suspects.

(i) Registre municipal de Bourg.

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