CHAPITRE IV
sur les murs de Paris un écrit dans lequel on lisait :
Je dénonce à la France, à l'Europe l'homme sanguinaire et atroce qui a désolé les colons, pressuré, dévasté les colonies.
Cet être, que j'appelle chien enragé, et que je nomme Sonthonax (le Marat et le Carrier des Antilles); oui, cet être créé pour détruire, et pour s'enrichir des dépouilles sanglantes de ses victimes, est actuellement à Paris, y jouit et s'y délecte impunément de l'âpre fruit de ses forfaits.
Sonthonax, traître, monstre, scélérat, n'eut jamais d'autre amour que celui du pillage et du carnage; brigand par essence, son nom tracé en caractères de sang, passera à la postérité la plus reculée.
il caressa tour à tour les noirs, les jaunes, pour se débarrasser des blancs ; il voulut ensuite se servir des premiers pour détruire les seconds, et régner après, sous l'étendard de l'indépendance, dans l'île jadis fortunée dont il fut le cruel, l'incendiaire dévastateur.
Un autre de ses accusateurs l'apostrophait ainsi dans le n° 4 de V Obsei-vateur secret de la réunion iu Manège :
Malheureux Sonthonax, tu n'es donc pas satisfait du sang que tu as fait verser dans Saint-Domingue ? Eh ijuoi ! les femmes que tu fis scier entre deux planches, les înfans que tu fis éventrer sur le sein de leurs mères, les babitations que tu incendias, leurs propriétaires que tu Bs massacrer lorsqu'ils cherchaient à se dérober aux flammes, n'ont donc pas assouvi ta haine pour l'humanité ?Tu toalais de l'or, n'en as-tu pas eu î n'en as-tu pas assez?
Tout celui que cette déplorable contre'e possédait, ne t'en es-tu pas emparé ? ne l'as-tu pas embarqué dans un vaisseau stationné dans le port de Jacmel ? ne l'as-tu pas envoyé à Philadelphie, de là à Hambourg ? Tu vocifères contre l'Angleterre et contre la Suisse 1 Être inextricable, pourquoi ces déclamations, puisque tu as mis plus de vingt-cinq mille livres sterlings dans la banque de Londres, plus d'un million dans la caisse des négociants de la Suisse, plus de quinze cent mille livres sur la place de Hambourg, et plus de deux millions chez les banquiers de Paris ?...
Enfin, dans un discours sur Saint-Domingue, prononcé au Corps législatif le lo prairial an V (29 mai 1797), le député Vienot-Vaublanc s'exprima sur le compte du Commissaire en termes plus mesurés, mais non moins offensifs :^
C'est la seconde fois que Sonthonax est envoyé à Saint- Domingue. Qu'a-t-il fait dans sa première mission? Il a créé, dans la province du Nord, un tribunal de cinq juges, sans jurés, et s'est réservé les nominations des juges et le droit de prononcer sur les compétences. Il a levé des impositions, touché des sommes immenses, n'a rendu aucun compte. Il a mis hors de la loi des fonctionnaires publics, des élus du peuple; il a défendu, sous peine de complicité, de leur accorder une retraite; il a armé quatorze communes contre le Port-au-Prince; il l'a bombardé, en a chassé les habitans ; et peu de temps après, cette ville, privée de ses défenseurs, s'est rendue aux Anglais. Il a défendu par une proclamation d'abandonner la colonie cou«