‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 22 sur 217 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Retraite définitive de Necker, il est arrêté â la porte d'Arcis-sur-Aube, puis à Vesoul, et inquiété vers Lyon par des hommes à cheval que l'on croit de Montluel ou Miribel. — Rassemblement de troupes dans VAin ; bruits de guerre; armement de la garde nationale. — Projets de réduction de nos neuf districts à quatre : opposition de celui de Montluel. — La ville de Saint-Amour demande sa réunion à notre département.

Dans les premiers jours de septembre 1790, M. Necker termina misérablement sa carrière politique. On ne lui laissa pas même Thonneur de fixer lui-même T instant de sa retraite. Il fut forcé de prendre la fuite pour échapper aux fureurs de cette même populace dont il avait été l'idole. Voici sur sa retraite quelques détails empruntés à M. de Moleville :

Le deux septembre, entre une heure et deux heures après midi, un bruit affreux se fit entendre aux environs de "a salle et dans le jardin des Tuileries, occupé par une foule immense qui avoit commencé à s'y rassembler dès cinq heures du matin, et à laquelle les groupes permanents lu Palais-Royal étoient venus se joindre. La mort de Bouille, mais surtout le renvoi des ministres., étoient les aris qui perçoient le plus distinctement au travers de leurs mprécations. Les clameurs et le tumulte s'accrurent à un

tel point qu'on craignit que les portes de la salle ne fussent forcées ; mais la garde nationale doublée réprima ces mouvements séditieux par sa fermeté, sa prudence et son activité. La fermentation parut apaisée pendant quelques heures; mais vers le soir, de nouveaux attroupements se formèrent, et firent retentir les rues de leurs vociférations.

Cette scène révolutionnaire n'étoit jouée que pour effrayer M. Necker, et il en fut complètement la dupe. M. de La Fayette, qui n'étoit pas plus que lui dans le secret de cette manœuvre, lui envoya un aide-de-camp à huit heures du soir, pour l'avertir du danger qui le menaçoit, et lui donna le conseil de sortir de son hôtel.

Accompagné de cet aide-de-camp, il sortit de Paris aussi secrètement qu'il étoit possible, et alla se réfugier à sa maison de campagne de Saint-Ouen. Son arrivée nocturne et inattendue dans ce village y ayant excité quelques mouvements de pure curiosité, il n'osa pas coucher au château, et erra toute la nuit dans la vallée de Montmorency. Quel tourment plus affreux que celui qu'il dut éprouver dans cet instant d'horreur, où toutes les illusions de l'amourpropre, toutes les chimères de l'ambition dissipées comme une ombre vaine, le laissèrent en proie à ses souvenirs, à ses regrets, à ses justes remords ! Il ne pouvoit plus ennoblir sa disgrâce en l'attribuant à une intrigue de cour ; c'étoit l'animadversion générale, c'étoit le mépris public, qui le chassoient ignominieusement.

Le lendemain, dans la matinée, il revint à Paris et en partit le même jour avec sa femme, pour aller, disoit-on, prendre les eaux de Plombières. Avant son départ, il annonça définitivement sa retraite à l'Assemblée par la lettre suivante :

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