CHAPITRE PREMIER
Situation politique après la Fédération de Paris; article incendiaire de Marat. — Bruit de contre-révolution à Lyon avec le concours de Bourg et de Grenoble. — La ville de Belley, sa police ; respect des offices divins, prohibition du charivari ou tocsin. — Discours de Brillât-Savarin sur les tribunaux d'appel. — Livres des couvents, conservés par l'initiative de Thomas Riboud. — Retour des députés de l'Ain à Bourg- le 3 1 juillet ijgo ; réception princière ; allocution de M. Chevrier ; discours dithyrambique de M. Rubat.
La fête de la Fédération mit le comble à l'enthousiasme des honnêtes révolutionnaires. Mais les factieux s'inquiétèrent des témoignages de respect et d'affection, prodigués en cette circonstance à Louis XVI et à la famille royale (i). Ils supposèrent que l'ancien régime allait reparaître, et, pDur combattre ce fantôme, ils semèrent partout
'i) M. Edgard Quinet cite parmi les mécontents Loustalot, Camille ■Dcsmoulins et notre compatriote Carra. {La Révolution, liv. Vil, ch. ï". Tome II. i
la défiance ; partout ils virent des conspirations contre la liberté. Marat sonna le tocsin dans une feuille àtV Ami du peuple^ intitulée : Cen est fait de nous :
Citoyens de tout âge et de tout rang, les mesures prises par l'Assemblée ne sauroi^nt vous empêcher de périr; c'en est fait de vous pour toujours si vous ne courez aux armes, si vous ne trouvez cette valeur héroïque qui, le 14 juillet et le 5 octobre, sauvèrent deux fois la France. Volez à Saint-Cloud, s'il en est temps encore, ramenez le roi et le dauphin dans vos murs, tenez-les sous bonne garde, et qu'ils vous répondent des événemens. Renfermez l'Autrichienne et son beau-frère, qu'ils ne puissent plus conspirer. Saisissez-vous de tous les ministres et de leurs commis, mettez-les aux fers, assurez-vous du chef de la municipalité et des lieutenans du maire. Gardez à vue le général; arrêtez l' état-major; enlevez le poste d'artillerie de la rue Verte. Emparez-vous de tous les magasins et moulins à poudre, que les canons soient répartis entre tous les districts... Courez, courez, s'il en est encore temps, ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous ; bientôt vous verrez les ordres privilégiés se relever; le despotisme, l'affreux despotisme, paroîtra plus formidable que jamais. Cinq à six cents têtes abattues vous auroient assuré repos, liberté et bonheur ; une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups, elle va coûter la vie à des millions de vos frères 1 Que vos ennemis triomphent un instant, et le sang coulera à grands flots ; ils vous égorgeront sans pitié, ils éventreront vos femmes ; et pour éteindre à jamais parmi vous l'amour de la liberté, leurs mains sanguinaires chercheront le cœujdans les entrailles de vos enfans.