‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 5 sur 217 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L"historien, qui a cité avant nous ce monstrueux paragraphe, ajoute :

M. Malouet dénonça très éloquemment ces journalistes (i) à l'Assemblée. A peine eut-il nommé Camille Desmoulins et Marat, que de violents murmures, mêlés d'éclats de rire, s'élevèrent dans le côté gauche de la salle; l'orateur indigné en fit sentir toute l'indécence, et présenta avec tant d'énergie lÔ danger qu'il y avoit à laisser impunis des attentats aussi graves, qu'il fut décrété, conformément à sa motion, que séance tenante, le procureur du roi seroit mandé, et qu'il lui seroit enjoint de poursuivre, comme criminels de lèse-nation, les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'écrits, excitant le peuple à l'insurrection contre les loix, à l'effusion du sang et au renversement de la Constitution (2),

Mais ce décret du 3 1 juillet n'obtint pas la sanction du club des Jacobins et, le 2 août à la séance du soir oii la gauche fut en plus forte majorité, il fut à peu près révoqué.

Telle était alors la liberté ou plutôt la licence de la presse. D'autre part, la passion politique, nous le verrons tout à l'heure , ne respectait ni la liberté individuelle ni la liberté de conscience, et Tarmée n'obéissait plus à ses chefs. Ainsi, au mo-

(0 Camille Desmoulins et Marat. Le premier avait, à propos de la Fédérition, cité, comme une fête vraiment nationale, le triomphe de Paul- Emile, « où un roi, les mains liées derrière ledos, suivait dans l'humiliatiou le char du triomphateur. »

(.) Bertrand de Molevilie. Hiitoire de la Révolution de Fr::r.:.\ t. III

ment où les naïfs amis du progrès croyaient tenir leur idéal de monarchie, le désordre se propageait, le mal empirait, et cela par la faute de nos constituants qui, sous prétexte de réparer la machine gouvernementale, en brisaient tous les rouages.

Les Lyonnais préparaient-ils déjà une contrerévolution, et la ville de Bourg devait-elle y prendre part ? Voilà ce que nous lisons dans une lettre de M. Populus, du i6 juillet 1790 :

Il vient de m'être assuré par deux députés de la ville de Lyon, bons patriotes, qu'on venait d'arrêter à Lyon un individu auquel on avait saisi un plan de contre-révolution.

Sur ce plan la ville de Lyon est indiquée comme le centre des opérations; et, ce qui me désespère, c'est que notre ville s'y trouve notée, notre ville qui s'est si bien conduite jusqu'à ce moment. Les députés lyonnois m'ont dit, ainsi qu'à M. des Orcières, qu'elle est mentionnée, avec la ville de Grenoble, dans la classe de celles sur lesquelles les ennemis de la patrie doivent le plus compter....

J'ai lieu de croire que tout ceci est pure calomnie. Néanmoins il importe de se tenir sur la réserve ; s'il se trouvoit parmi nous de mauvais patriotes, il faudroit les connoître ; mais je rejette loin de moi cette idée affligeante (i).

La ville de Belley, pleine de confiance dans l'en de la liberté, s'occupait tranquillement de sa poli) Lettre inédite. — Arch. de Bourg.

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