‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 41 sur 217 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

suites : ces tristes suites sont de plus d'un genre; je m'abstiens de vous en entretenir (i)

D'après une disposition du décret du 27 novembre, les députés ecclésiastiques devaient prêter serment à l'Assemblée nationale dans la huitaine qui suivrait la sanction royale.

L'abbé Grégoire n'attendit pas ce délai. Dès le 27 décembre, — la sanction était à peine connue, '— il entraîna une soixantaine de ses confrères, curés ou religieux, en leur faisant croire que la constitution civile du clergé ne touchait pas au spirituel, et tous s'empressèrent de jurer, y compris trois prélats : les évêques d'Autun et d'Orléans, et l'archevêque de Sens.

Au nombre des jureurs il ne se trouva qu'un seul député de l'Ain, Fabbé Favre, curé d'Hotonne.

Un député suppléant de la Franche-Comté, qui devint évêque constitutionnel de Belley, l'abbé Royer, curé de Chavanne-sur-Suran, commune comtoise réunie à l'Ain depuis son élection, fit à la tribune la déclaration suivante :

Il est bien consolant pour un pasteur qui exerce depuis trente et un ans les fonctions du ministère divin de pou-

li) Correspondance de M. Gueidan. curé de la ville de Saint-Trivier av^x la municipalité de ladite ville, sur le serment exigé par le décret du 57 novembre 77,90. Paris, 1790, 16 p. in-8. — Ph. h, D.

yS QUATRIÈME ÉPOQUE.

voir prêter son serment à la face de la Nation. Plus coupable qu'Ananie et sa fille, si je faisois une restriction mentale, je croirois attirer sur moi les foudres du ciel. C'est donc franchement, suivant l'expression de notre bon roi, que je viens aujourd'hui prêter mon serment ; j'en demande acte pour l'envoyer à mes paroissiens avec une instruction que j'y joindrai.

A la séance du 4 janvier 1791, dernier Jour accordé pour le serment, les députés ecclésiastiques, qui n'avaient pas juré le 27 décembre, furent appelés à la tribune. Malgré les vociférations du dehors : à la lanterne! à la lanterne les non fureurs ! un seul curé osa jurer ; trois autres offrirent des serments restreints qui furent refusés. Tous les prélats s'abstinrent. Il y en eut même deux qui motivèrent courageusement leur refus :

Vous avez fait une loi, dit l'e'vêque d'Agen. Par l'article IV, vous avez dit que les ecclésiastiques fonctionnaires publics prêteroient un serment dont vous avez décre'té la formule. Par l'article V, que s'ils se refusoient à prêter ce serment, ils seroient déchus de leurs offices. Je ne donne aucun regret à ma place, aucun regret à ma fortune ; j'en ; donnerois à la perte de votre estinie que je veux mériter : je vous prie donc d'agréer le témoignage de la peine que je ressens de ne pouvoir prêter le serment que vous exigez (1).

Messieurs, dit Mgr de Poitiers, j'ai soixante et dix ans révolus; j'en ai passé trente-cinq ans dans l'épiscopatoù j'ai

(i) Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, j t. VIII, p. 358. " I

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