‹ Histoire de la révolution dans l'AinChapitre 63 sur 217 · CHAPITRE IX. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. I

Nous avons inséré dans le précédent chapitre un spécimen de prestation de serment ecclésiastique. Nous allons maintenant faire connaître une rétractation de serment, celle de Tabbé Levrat, curé de Vieux-d'Izenave. Cestun document imprimé, rare et curieux, daté du i*^"" avril 1791 :

Dans le courant de janvier dernier, le maire de ma paroisse, dit l'abbé Levrat, me notifia des décrets qui m'ordonnoient de prêter le serment civique dans huit Jours, et de le prêter sans préambule, explication, ni restriction, sous peine d'être destitué par le seul fait, et remplacé tout de suite. J'avois peu réfléchi sur la Constitution civile du clergé ; ce mot^ civile sembloit énoncer une exception formelle des matières qui sont du ressort de la puissance spirituelle. Les protestations de ne point toucher à la religion catholique, que ne cessoit de faire l'Assemblée nationale dont la devise est la loyauté et la franchise, avoient banni de mon esprit toute défiance. Des écrits captieux et pleins de citations fausses que je n'étois pas à portée de vérifier, me persuadèrent, pour quelques moments, que l'essentiel de la religion étoit en sûreté. L'idée de me voir chassé d'une paroisse à laquelle un attachement réciproque me tenoit uni. m'effraya ; la persuasion ov j'étois que, si je refusois le serment, il n'y auroit qu'un prêtre malhonnête homme ou quelque moine apostat qui osk venir ra'expulser, sembla me faire une loi de prêter un serment dont je n'apercevois pas alors la témérité.

Mais bientôt j'entendis la voix de mon supérieur et pasteur légitime dans l'avertissement pastoral de Mgr. l'archevêque de Lyon. J'entendis la voix de l'Église gallicane daos le refus courageux de la presque unanimité des évé-

ques de France, et la grande majorité de mes confrères françois, et dans ce grand nombre d'écrits lumineux par lesquels les pasteurs ont mis la vérité au grand jour. A ce jugement de l'Église gallicane, aussi formel qu'il peut être dans des temps si difficiles, est venu se joindre celui du Chef visible de l'Église qui, écrivant au cardinal de Loménie, condamne le serment civique du clergé de France ; condamne la Constitution civile de ce même clergé comme étant l'amas et l'extrait de plusieurs hérésies congeries et siiccus plurimarum hœresiim; et annonce la condamnation plus solennelle qu'il va en faire par une lettre évangélique adressée à tous les évêques de France.

Ces autorités auxquelles un prêtre catholique ne peut être insensible, ont fait tomber le bandeau qu'un patriotisme mal entendu avoit mis sur mes yeux ; et j'ai vu avec efFroy l'abyme où je me suis plongé par le serment. J'ai considéré la nouvelle Constitution civile du clergé de sang-îroid et sans préjugé ; et j'ai vu qu'elle porte des atteintes essentielles à la hiérarchie, à l'autorité spirituelle, à la discipline et au gouvernement de l'Église ; qu'elle méconnoît la primauté non-seulement d'honneur, mais de juridiction que le Souverain-Pontife a dans toute l'Église; qu'elle dispose de la juridiction épiscopale et du droit de donner la confirmation canonique, choses que le corps législatif ne peut déléguer ; qu'elle prive l'Église du droit naturel et divin d'intervenir dans l'érection, la suppression, le resserrement et l'agrandissement des diocèses, intervention dont jamais on ne s'est passé... ; qu'elle établit dans l'Église des élections absolument contraires aux saints canons; qu'elle réduit l'Église catholique à l'humiliation et à la désolation de recevoir ses pasteurs de la main du juif et du protestant...; qu'elle dépose les pasteurs légitimes, qu'elle leur substitue partout des intrus que l'Église ne pfeut

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