CHAPITRE IX
avouer ; qu'elle introduit un schisme affreux dont les suites déplorables ne peuvent se calculer.
A la vue de cet effroyable bouleversement de l'Eglise, auquel j'ai adhéré, et que j'ai promis de maintenir par un serment peu réfléchi, les inquiétudes et les remords déchirent mon âme, et je ne puis apaiser les cris de ma conscience qu'en rétractant ce serment téméraire et en donnant autant de publicité à ma rétractation qu'il en a été donné à mon serment. J'aurois différé cette rétractation jusqu'au moment où le jugement solennel du Chef visible de l'Église deviendra public, comme le font nos confrères ; mais deux motifs m'obligent de ne pas différer un instant.
!*• L'assemblée nationale demande le dénombrement de ceux qui ont prêté le serment: et quoiqu'il seroit injuste d'exciper, en faveur de la Constitution du clergé, d'un serment ordonné sous peine de mourir de faim et de misère, je ne veux point être compris dans ce dénombrement.
2" On chasse les évêques légitimes de leurs sièges, les curés légitimes de leurs cures ; on met à leur place des pasteurs intrus et sans pouvoirs, et tant que je n'aurai pas rétracté mon serment, je suis participant et fauteur de la persécution des pasteurs fidèles, du schisme qui s'introduit et des maux effroyables qui en seront la suite.
A ces causes, le très saint nom de Dieu invoqué, pour réparer Toutrage que je lui ai fait par un serment si téméraire, j'entreprends d'en effacer le scandale devant les hommes et je déclare hautement que je retire mon serment pour les loix contraires aux droits de la religion catholique et de l'autorité spirituelle \ que je l'observerai religieusement pour toutes les loix qui sont du ressort de la puissance temporelle. Je veux et je demande que mon nom îoit rayé du nombre des fonctionnaires qui ont prêté le
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serment pur et simple ; et je de'clare néanmoins que, bien loin de donner la démission de ma cure, je serai fidèle au serment légitime que j'ai fait de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés, et que je ne me regarderai comme déchargé de ma paroisse que lorsque l'Eglise qui me l'a confiée m'en aura déchargé.
La présente déclaration faite à Vieux-d'Ysnave, le i«r avril 1791.
Levrat (i).
Mesdames, tantes du roi, les princesses Victoire et Louise, filles de Louis XV, partirent le 1 9 février pour se rendre à Rome. Arrêtées d'abord à Morct, près de Fontainebleau, les dragons en quartier leur ouvrent le passage. A Arnay-le-Duc, nouvel arrêt plus sérieux : la municipalité enrélère à PAssemblée nationale, qui, sur la proposition de Mirabeau, décide qu'aucune loi ne s'oppose au voyage libre de Mesdames. Pendant la discussion, le député Menou s était écrié : « L'Europe sera sans doute étonnée, quand elle apprendra qu'une Assemblée nationale a délibéré trois jours pour savoir si deux vieilles femmes entendront la messe à Rome ou à Paris. »
Le peuple parisien murmura de cette décision et s'imagina que le donjon de Vincennes commu-
(i) Déclaration que fait François-Joseph Levrat, curé de Vieux-d'I^cnave, district de Nantua, département de l'Ain, à MM. les administrateurs du département, au sujet du serment qu'il a prêté. 8 p. in-8. — C"D.