Histoire de la révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne ouvrage composé sur des documents inédits
^?5>wç»Kse» Bs‘ actes de l’amnistié et de" la pa- I f cificalion , qui eurent pour but de '
mettre un terme aux .desastres de s“«"® FOuest, sont
d’un trop haut intérêt pour que nous négligions ' d'en apprécier toutes les circonstances. Nul ne doit y en effet, oublier que la république, après le' 9 thermidor, triomphant- de ses enneiuis an
UTBB BIVTIÈHB. CBAP. I.
dehors et au dedans, revint d’elle-méme à des idées d'humanité et de concHiation qui ne peuvent être niées. Mais nul aussi de ceux qui prétendront juger la moralité des partis alors en -* présence , ne devra oublier que les traités de la Jaunais et de la Mabilais donnèrent la liberté aux prêtres réfractaires qui se trouvaient sous les verroux de la république , et qu’à trois mois de là , l’expédition de Quiberon et sa sinistre catastrophe eurent beu. — Par qui donc tant de sang français fut-il encore répandu?
Nous avons d’abord relaté comment dès l’on- Terture des conférences , quelques vaisseaux anglais, après s’être approchés de la côte, s’en étaient éloignés avant-que M. de Frotté eût pu leur notifier , au nom des royalistes, l’impossibilité où se trouvaient ceux-ci de communiquer avec eux.Cette démarche des chouans fut regardée comme une démonstration en faveur de la paix , ef probablement était-elle , de la part de quelques chefs , un désir réel de convenir de leur soumission : mais, à peine cette tentative de l’Angleterre et de l’émigration eut-elle eu lieu, qu’une flptille, composée de quatre frégates et de douze bâtiments légers, parut, le 25 germinal, à la hau-
JL.
lA RliVOtOTiPH Sir SBBTACBR.' 5
leur du cap Fréhel. Le léndfemain, celle division , t après avoir repoussé les canonnières gardes-côtes, s'était approchée de Saint-Quay , et se dispôsait à un débarquement , quand le général Vailetanx , avec ses grenadiers et les habitants de I9 côte levés en masse, se porta rapidement sur les pohils menacés , et arrêta ainsi les' projets que les agents' nationaux. Barbedienne et Pohàè'r, des districts dé Porl-Brieuc et de Poiitrieux , préseolaient comme concertés entre les chefs de bande et les suspects récen)ment sortis de prison (1).
Quoi qu’il en fut de leurs àsserfions , il est bien constant , si l’on rapproche ce fait des révélations récentes que le comité de salut public venait de transm'ctlre à ses coUègues dans l’Ouest ,
■ (I) Un arrClé du district do Ponlricux prescrivit-, A ce sujet, l'appel en celte ville et la mise en snrvcillanco provisoire de tous les gentilshommes récemment sortis de prison, — Hoche , qui sc rendit sur les lieux , nous apprend , par sa correspondance, que 400 chouans s’étaiVnl portés au bruit du canon, pour favoriser le debarquement de l'ennemi ; mais que la bonne contenance des foupes et l'empressement de ceiiaines communes à présenter armées de faulx et de fourches , pour soutenir les républicains, décidèrent la flotre Anglaise S^so retirer. ’ , .
6 um irsoTiÈiiB. r- chap> i.
qu’il y • eût eu incurie , aveuglement , à ne pas prendre, dès ce moment, toutes les mesuras qui devaient garantir le pays des attaques de l’émigralibn. ' - , • ' .
Mais ceus-là qui viennent de se soumettre et de garantir de leur signature la paix du pays , se sont-ils franchement ralliés h la république , et doit-on compter qu ils resteront désormais étrangers aux tentatives de l’Angleterre et des émigrés réunis à Jersey ?' — Encore une fois, nous^nc devons rien préjuger ; mais voici ce qui se passa.
Le 1.” floréal (20 avril 1795), comme nous l’avons dit , les actes de la pacification avaient été souscrits à la Mabilais. Une proclamation des représentants annoi^a cet heureux résultat , et les chefs de l’armée catholique et royale souscrivirent , de leur côté , une déclaration de soumission portant : Que les causes qui avaient donné naissance à la guerre de la Vendée ayant cessé , ils se soumettaient à. la ré-
publique française une et indivisible ^ reconnaissaient ses lois ^ et ne porteraient jamais les armes contre eüe (1).
-''t) Cette déclaration . est signée de: Cormatin, So-
^ lA HÉTOMJTIOH BR RRETAGRB.- 7#
Cette pièce. fut imprimée avec la proclaraation ^ des représentants, et elle en était, en quelque . sorte, la confirmation Mais, dès le lendemain,
2 floréal , les memes chefs de l’armée catholique', étant rentrés à .leur- quartier-général de la Prévalais, y rédigèrent une proclamation aux -habitants des campagnes, dont les termes sur la paix è établir, sur les 'échanges -qui no devaient plus être faits que de gré à.gré ^ sur l’attente Sun gouvernement stable^ qui devait rendre le bonheur à la France , etc., etc. , nous semblent empreints de réticences que les laits ultérieurs ne manqueront pas d’expliquer.'
Je' suivrai l'ordre dès dates : c’est d’abord M. Louis de Frotté que les représentants ont autorisé' à se rendre dans la Basse-Normandie, afin de préparer è la pacification les poptilations iosuiv gées. Il écrit dé Domfront , 2 floréal , aux représentants qui sont à Bennés,-et il leur dit : -
' « Dix ou douze- malheureuses victimes ont été 'assassiacc's depuis quinze' jours. La terreur est -répandiie
lihflc, Boishardy, Moulé de la Bailrie, Biisnel, Bellcr vue,Geslin, Gburlet, Guignard, Jarry, Terrien, Lefaivre . De Meaulne, DeSilz aîné, L’IIerinile, Lambtnl, Lantivy^, De Nantois,,Gatibert de U Nourais', Dufour,
V8’ . UVBB BBUrilHB. — "CHAf. t.
dans les esprits faibles , et l'indigiiation dans les autres. ' Les buveurs de sang s'agitent en tous sens pour faire manquer les mesures sages que vous pirnez afin de ren- • dre la paix à la France. » . • '
Et, à quelques jours de là, ayant en connaissance des actes du l/'iloréal’èt de leur ratification, il ajoutait , dans une deuxi^lne lettre signée de , lui et de M. de la Roque aux administrateurs du
■ district de Domfront , que c était avec /<? plu^s
grand étonnement qu'ils voyaient l’arrivée des nombreuses troupes annoncées de l’armée du Nord, — Ils terminaient en disant que si ta présence de ces troupes avait pour objet la sûreté du pays ^ les administrateurs devaient s’empresser de les éloigner ^ pour rassurer les habitants , au lieu de les surchar- ,ger par de nouvelles réquisitions.
‘ Mais continuons : j’ai sous les yeus une première lettre du vicomte de Sespeaux , général en chef des insurgés de la Mayenne et du Mans. Ello est adressée au commandant de la force armée de Ségré, tel datée du 27 avril 1795 (8 floréal an IIÎ), : < * . •
« La paix est enfin signée, dil-il , et il faut trouver les moychs do la consolider. Les réfugiés des campagnes en vilfe (ceux des patr joie s qui n'avaren t pu rester parmi les insurgés) désirent rentrer dans leurs foyers,
LA-BivOtUTlOS EH BSETACHB. ' 9
et' Icors désics me paraissent bien fondés.' Gctte réintégration dans leurs propriétés lic peut toutefois avoir de 'solidité Auprès de nos soldats , lorsque vos cantonnements auront évacué le pays. Getlç opération lefrainéc , Je puis leur promettre sûreté et mviolabifité h leurs personnes et à leurs maisons , /70«roM que ces réfugiés rentrent dans le pays sans armes.... » - » ^
Et , s’adressant dtWis le même sens , aux adminislra>ears du district de Sablée sous la date du 10 floréal, il faisait dire par le prêtre Pilard , portéur de sa dépêche : qu'il aidait été doux pour lui de plaider la cause de.t malheureux qui demanduient à rentrer dans leurs demeures.! et de leur accorder une grâce qu'il sollicitait depuis long-temps.
rependanf , d’après ce que nous apprend Cauceliri -lui-même, récemment .arrivé de Rennes avec les' chefs insurges qli’il avait accompagnés* aux conférences de la ülabilais , ceux de ces chefs qui s’y sont' trouvés sont mal acciieiliis, méconnus parieurs anciens compagnons d’armes, repoussés même; et, Lien qu’il y ait, dans ceux» qui, les rejettent , bon nombre 'de chefs comhie Cdquereao, qui. avaient accepté la pacilicalion dans les réunions préliminaires dirigées par. Le. Bley et Bancelin , ce n’est, que par des instances réitérées et par le concours d« quelques prêtres ,
10 UVHB KBVrJËUB. — CBAP> I.
que Bancclin les dëcide à se réunir de nouveau à Poulran, le .8 floréal, pour y prendre connaissance des actes de la Mabilais. Les insurgés- de Laval , de Craon , de Cfaâteaugonlier , de Château • neuf, do Sablé ^ do La Flèche^ du Mans, de Ségré ,^d’Angers , d’AncCnis et dé .Chàteaubriaitt . s’y trouvent en personnes ou par délégués. Mais quelle est encore la principale .condiliqn de celte ratification péniblement obtenue ? llancclin nous l’apprend, en faisant sawir aux représentants que Càndé- et Pouancé resteront, le fenclemain sans garnison' , d’après la demande qiien ont faite les- chefs de chouans, qui ont' promis paix et sûreté aux propriétés et aux personnes f moyennant cette évacuation. — Voilà ce que Eanctdin, préposé à la pacification, écrivait , le 10 iloréal ; voici ce .que les ciloj’ens, ' formant le conseil-général de Chàteaogônlier , écrivaient la veille de la réunion de Poulran:
R Les chouans de nos malbourcuscs contrées ne sont guidés par aucun des chefs qui ohl reconnu. la Répu- blique; ils emploient tous les moyens poirr affamer les 'patriotes, ils massacrent ceux qui, comptant sur leur parole, s.’étaienl rendus dans leurs foyers , ct'déclarent hautement que si leur§ chefs se rendent, ils en nommeront d'autres. » * •
, ' Et les administrât citrs du même district, con-
hk BÉrOLDTIOH BH BRBXAGIIB.'
flrraant ces excès ajoutent ^ que ceux qui tes
commet lent sont conduits par des chefs sans
honneur et sans principes ^ qui y-après avoir
‘Solennellement reconnu la République et ses
lois y promis de ne jamais porter les armes
con tre elle , sont retournés à la tête de leurs . ■ ' . • . . . > bandes. / •
Nous le. demandons , les Reprcj-senlanls qtii , pendant les corilérenceS, avaienl reçu de si fréquents rappcn’ls sur Icé excès jonrnalicrs des-re- ■/belles, les Représcnlapls, que do nou\clles raisons portaient cbaque jour h se. défier des intentions et de' la sineérilé des chefs qui, avaient 'sifjné les actes de la Mabilais, les Représentants, enfin , qui voyaient se confirmer les justes apprébcosions du Comité de Salut public sur les' vues de l'Angleterre, pouvaient-ils.réellement se laisser abuser sur la politique tiouvelle des chefs qyi^ réclamaient l’évacuation des cantonnements militaires comme le seul moyen de pacifier les campagnes. Il y eut eu'de leur part complet aveuglement,' défection, trahison , à' ne pas se prémunir Contre les ténébreuses' allures de leurs adversaires, lît qu’on ne pense pas qu’après raccomplisscmcnt des événements^ nous nous donnions le facile mérite de les annoncer à l’avance, voici quelques
1?^ ilVBB KEUVlfeMB.' — CHAP. I.'
extraits des 'rapports partiels qui furent alors adressés aux Représentants sur la situation de l'en- ’ nerni.’
' Le premier de ces rapports est do l’adjudanlgcnéral Bouvard, placé à la tète de la force arniée du çantoiMiemènl d’Ernëe, depuis la pacifiralion seulement. Sa letli'e est du 5* floréal-- il parle ■ d’un chef de chouaps nommé Lasseu, dit Joseph^ auquel il a prodigué les témoignages de bonne • .amitié et ofFerl une escorte pour assurer ses dé- .. marches en faveur de la pacilicalion ; mais n’ayant que dés plaintes .à porter, il ajoute; ^
« Que depuis six jours qu'il commande à Ernée , il, nè s'en est pas* passé un seul «ù il n'ail eu à gémir sur . quelques nouveaux brigandages. Tous cenVqui oui acheté ^ ou alTermé des hiens nationaux sont principalement mis ' ,à contribution; on’leur enlève leurs bqstiaux, et s’ils ne , soldent pas sur le champ; on les 'menace de mort,.. Le'
, 2 c-t le 3 de ce mois, nn détachement de, cette garnison, qui était accompagné de deux commissaires du district, a été assailli jiar 500 brigands qlii ont cssay.é de les empêcher d'amener les grains "qi'i’ils avaient déjà chargés • sur des voilures, La fusillade a été irès-vivc, etc. »
En vom un second , également daté du 5 ,flo^ réal, et fourni parles administrateurs dudislMcldo Vitré. - ' ’ " .
«f On a lu hier votre proclamation du I.''' de ce mois.
' JU S^TOLUTIO? S5 BBKTAeBS.
On avait. invU»? l<îs dicfs de. chouans-ü s’y trouver: cinq s’y sont présentés, mais aucun n’a voulu recevoir la cocarde nalionale ni crier viuela JtépubUtjue.... On ne trouve point de voilures pour les transports; et les laboureurs UC veulent mareber qu’à la voix des chouansl
Rérapitiilant des faits du même ordre, les admiiiisirateurs do Loudéac s’expriment ainsi qu’il soilt • . . .
a On dit que la paix est faite avec les thouans. Soyez srtrs qp’ellc n’est pas sincère de leur part cl qu'ils continueront d'ici à loàg-temps à sc livrer à .toutes sortes d’excès-... Il est à notre çonnaissanr.e quc c’est à Plocuc, connnupc du'distvict de Port-Brieuc , chez Dulorin , cidevant rccev'iauT de l’émigré Lahoussaye , què l’on enrôle pour les chouans. II. vient tous Ics.-jourB s’y engager düTércnts individus,, non-seulement du vnisinage, mais, des pays plus élolgués, et jusque dé Brest. »
El-, fournissant quelques autres détails , iis disaient que doux ieunes gens, qui élaiieni rentrés sur' la. foi des traités dans un village voisin de Ploikic , avaient été saisis de nuit et tués à coups do ba'topheltc, après débl^éralion d’un conciliabule qui parais^it avoir la grande main dans fes affaires du pa^s. . -
Et comment ces excès se.perpéineBt^ils? — En répandant le bruit , ainsi que nous Tapprond une dépêche des adminislrateurs du .Faouèt (7
IIVRB KEtVlÈME. ' — CHAP. 1.
iloréal), que /a Soumission eJe Chàrette et (les cAe/s de la chouànnerie est ifne pure, ’ invention tfe la part des républicains. —
Aussi, diaprés la déclaralion .de ces tnëmes admioistrateurs , le nombre des révollës se grosr sit-il chaque jour, on même temps qu’ils dressent des rôles pour un recrutement forcé . eh thème 'temps ' qié ils passent des revues ' et forment des approvisionnements considérables. — Ils viennent jusque ' dans la ville., écrivent tes adminisiraieürs de la Guorche, .v;/-. . borner les nulitaires , les engftger à passer du côté des chouans et leur dérober leurs cartôuches.^-^' ÿvs. jours après, même plainte avec la demande 'instante (d’un noureaü Tenfort pour la garnison, parce que, malgré uné soumission récemment renouvelée , ils s’organisent et sarment phts que jamais. ^ '
, Dans le district de Châteaubriant , où les chefs réunis de la ‘ chonanuerie , Terrien, Le Tort, Hogrel et Le Maître, avaient fait leur soumission . en demandant t évacuation des cantonnements républicains , les choses ne se passent pas autrement : le» administratenrs du district , après avoir eux-mêmes recommandé l’impéudente évacuation des' cantonnements, vianne'nt •' déclarer qu'ils sont trompés. ‘ •
^ * LA RÉVOLimOir BK BBBTAeSE. iS
a Quo Ica chouans restent armds et parcourent les campagnes; qu’ils sc sont rassemblés au Grand-Auvemé, A Maumusson , au nombre* de 5 à 600 ; qu'ils ont un camp à Pontéron, près Candé; quo l'un des leurs a escaladé les murs du château et a encloué truis canons -qui s'y trouvaient placés; enTin, qu’ils forment-d^s listes d'eurûloments, et qu'ils y comprennent tous les honuucs de ’1 8 à 40 ans. » - - ' ' ‘
* Et sur tons les poinis h h fois , les admlnistralions') refoulées par les rebelles', reçoivent des menaces bu des avis, qui ne perniellenl pas de douter que les chouans * nç > sod|;ent de nouvelles aMaques. *
niais liuile'part cel étal de crise' ne se montre plus redoutable que dans le lÙoi’hihan et les Côtes-du-Nordv • “ •
A Nous avions conçu quelque espérance, de voir la tranquillité renattie dans notre malheureux district (Aurny , 1 3 floréal) ; nous- avons eu une .conférepcc avee deu-x de leurs oflTiciers nommés Cadoudal et Mercier , qui nous ont assuré avoir 'envoyé leur adhésion par écrit (f)', et ils nous avaient promis d'empécher. tont acte d hostilité -de la part de leurs gens , Comme, les répùbllc^ns l’ont fidèlement observé. Mais , bien loiffde témoigner des dispositioBS amicales et .pacifiques, nos chouans, nos paysans et an.e grande partie des habitants'
* {t) Asserijôn fausse. ' '
LIVBE KEUVIÈHE. — CHIP. 1,
des villes afliclient ,-sans aucun mena{jcment, le royalisme le plus cfFronlé. I>e«r but , bien prononcé , est d'alTamer les troupes républicaines, de les forcer ainsi à la désertion ou à l'évacuation d'un pays qui ne peut plus les nourrir; en conséquence , ils ont défendu^ sous peine de mort , à tous les paysaus , deVien fournir pour lu compté de lu République ; et cette défense s'observe si bien , que le peu de troupes cantonnées dans le district , meurt ' de faim. Aucun oflicicr municipal ne veut ou n’ose plus remplir ses fonctions. t)epuis un mois, nous faLsons', comme citoyens, ce qu'il ne nous est plus possible de
faire comme administrateurs » •
a Je suis instruit, écrit Rruc à ses collègues (l'i floréal) qu’il sé forme, dans plusieurs cantons du Morbi- . lian, des rassemblements d hommes armés qui commettent journellement de nouveaux excès. La guerre civile, qui désole ces contrées, bien loin de loucher ù sa fin, prend tous les jours un caractère plus sérieux. Quarante et quelques habitants dé Vannes , dont la-majeure partie^ jeunes gens, sont allés les rejoindre l'un de ces jours derniers. Ils ont emporté avec eux les fusils et les munitions qui leur avaient été confiés pour la défense* do leur patrie. L'un d'eux , capitaine d’une coinpagnie', était dépositaire de 2,000 cartouches dont il en a enlevé 1300. Je ne puis Vous dissimuler que notre ' position est dqs plus alarmantes , et qu'il ne reste plus d'autre parti à prendre que de marcher contre les rebelles, etc.,e(c. »'
en effet, ainsi que .le faisaient pressen- ' tw depuis long-temps les rapports des antoritds
X)igi-iJ i: ■'jIl-
* LÀ BÉrOLDTlOH BH BRBTAGM. 17
de la place de Lorient , la population et les ouvriers de ce port , travaillés par des agents secrets , venaient de troubler la ville , d'y causer les plus grands désordres , et d’obliger les adiuinistrateiirs de la marine à fermer les ateliers du port. Là , comme sur plusieurs points, les troupes sont momentanément secourues par les habitants ; mais bientôt le pain manque , et la garnison ainsi que les habitants en sont privés pendant plusieurs jours. D’ailleurs les assignats sont tombés dans un tel discrédit, et les paysans se soumettent si complètement à la volonté et aux menaces des rebelles, qu’il n’est plus possible aux patriotes do se procurer les choses les plus simples et les plus indispensables. Brue l’annonce dans sa correspondance : Il ny a que la monnaie à V effigie de Louis X.VI qui soit reçue dans les campagnes (1).
(1) Les denx juurnëcs des 5 et 6 floréal (24 et 25 avril 1795) furent graves et pénibles pour la ville de Lorient. Une femme , employée au port et sujette à dus attaques d'épilepsie , étant tombée malade, fut signalée par la malveillance comme une victime des mesures prises par l’administratiou -pour faire fabriquer du pain , dont la qualité était loin d'étre supérieure, mais ce-
18 ' nvEK HBCVifeBB. — CHAP. I. ' '
• La force et les baïonnettes plutôt que les pourpaHers semblaient donc désormais seules 'capables de faire cesser une pareille crise. Aussi * Brue, ses autres collègues et les généraux sem- ' blaient-ils opiner successivement pour ce parti. Mais chacun d’eux tenait à ne point être le pre-
pcndant saine. Un cri d’alaimc s’éleva subitement dans les ateliers du port ; et, dans peu d'heures , tous les ouvriers ayant quitté leurs travaux , lo club , qui se tenait à la salle des ventes , se trouva envahi d une foule irritée qui donna les plus grandes inquiétudes aux autorités locales. Le commandant d’armes Henry , le directeur des vivres Charenton , s’étaient vainement présentés à la tribune et avaient essayé de ramener le calme dans l’assemblée , quand l’arrivée du maire et de quelques officiers municipaux, rendant la foule encore plus impatiente , fit dégénérer la scène en un tumulte effroyable, où les motionneurs et les femmes , après avoir demandé du pain , demandèrent des distributions de vêtements et le licenciement immédiat de la moitié des ouvriers en réquisition pour les divers services du port.... Mais Brue , prévenu à temps, arriva de Vannes avec 300 hommes de troupes ; la garnison et la garde nationale se mirent sur pied , le maire déploya la plus grande énergie en se montrant aux’ factieux, et bientôt, moyennant' quelques concessions , l'ordre parvint à se rétablir.
Il BliVOLüTIOA B5 BB8T1GBE, 19
micrh donner le signal d’une guerre aussi cruelle que celle qui allait s’allumer ; et c’est h cet esprit , sans doute , que nous devons de voir Je 17 floréal et les jours suivants, Bruc, Mériage, président du bureau central, et le Bouhellec , administrateurs du département du Morbihan , en conférence avec de Silz et Mercier, pour arriver h se procurer de gré h gré quelques subsistances nécessaires îi la garnison de Vannes. — Ces messieurs ne manquent pas de faire des promesses et de désigner mémo les lieux où l’on pourra se procurer les grains désirés ; mais une lettre subséquente de Brue démontre que ces nouvelles démarches ont été sans résultat ; et , nous rendant compte de l’entrevue de Le Boubellec et de Mériage avec le comte de Silz , qui avait pris part aux conférences de la Mabilais et signé l’acte de soumission à la république, il nous apprend que do Silz, s’adressant à Le Bouhellec, lui demanda si l’administration départementale ne renfermait pas des Jacobins.
« Non, certes, reprit Lu Bouhellec. — Mais si l'on vous criait ; vive ie roi ! — Et si l'on vous criait : vive la république, reprit Lo Bouhellec ! — VoiLL... répondit du Silz en montrant la gance de son chapeau , qui était retenue par un bouton fleurdelisé. — El votre
ÏO LIVBE SBVVliiirB. CHiP. I.
Boumission à la république ? — Bah! bah !... — Et l'ancien chef do chouans fit une pirouette sur ses talons. »
Le développement successif de ces excès ne s’était point toutefois accompli , sans que les re« ' présentants eussent pris les mesures qu’ils crurent propres à confirmer l’acte de la pacification , soit en aplanissant les difficultés qui se présentaient , soit en réprimant les méchants qui fomentaient de nouveaux troubles.
L’arrêté du 7 floréal an III, rendu par les représentants Guezno, Guermeur^ Grenot et Corbel , est , sous ce rapport , l'acte le plus notable que nous ayons à étudier. — 11 rappelait que la coupe de l’indulgence avait été épuisée et que la rigueur des lois atteindrait désormais ceux qui ne se conformeraient pas aux conditions de la pacification. Se fondant les voies de douceur et de persuasion , les représentants prescrivirent , après avoir pris l’avis de Hoche , qu’il y aurait dans chaque chef-lieu de district une garnison forte au moins de 300 hommes; que la surveillance la plus exacte serait exercée sur les côtes ; que la discipline la plus absolue régnerait dans l’armée ; que tout rassemblement non autorisé serait prohibé ainsi que tout dépôt d’armes, cris séditieux ou provoca-
IA BÉVOIVTIOIT BN BBBTAeHB.
lion à la révolte ; que nul ne pourrait voyager sans passeport; que tout signe contre-révolutionnaire serait interdit ; que la révolte et l’embauchage seraient punis sévèrement et que les habitants des communes en seraient solidairement responsables, etc., etc. Et le môme jour , 7 floréal , un prétendu jugement rendu au nom 'du conseil militaire de l’armée catholique et royale , étant parvenu à leur connaissance , les mômes représentants s’adressèrent par une lettre imprimée au citoyen Cormatin, pour lui notifier, que, depuis la réunion, il ne pouvait plus exister de pareille armée, et que tout acte rendu en son nom était une infraction aux conventions acceptées.
D’autres entreprises avaient d’ailleurs en même temps suscité les plaintes et les soupçons do la représentation. Cormatin , après avoir quitté la Prévalais, avait demandé Rétablir son quartier-général au cbôteau de Claye, à trois lieues de Bennes, et il avait laissé en môme temps pressentir qu’il devrait ainsi se transporter d’un lieu à l’autre dans l’intérêt do la pacification. Mais un déserteur , porteur d’une somme de 600 livres , et do plusieurs lettres dont l’une adressée h Cormatin luimôme , fut saisi près de Ploè'rmel dans le mo-
22 UTU BBVrikKB. — > CEAB. Z.
ment où il procédait à quelques embauchages.
L’interrogatoire de cet homme , qui avait changé de nom après avoir communiqué avec les chefs réunis à la Prévalais , fut envoyé aux représentants , et devint pour eux unér nouvelle raison de se tenir sur leurs gardes. A la même date, Hoche signalait les menées d’un autre déserteur et d’un aide-de-camp de Côrraatin , nommé Duguesclin , qui , après s’être concertés pour lui débaucher son domestique , avaient enlevé le caoot de l’ingénieur de Saint-Malo et s’en étaient servis pour communiquer avec Jersey. — La conduite .do Cormatin était toutefois assez heureusement calculée pour rendre encore douteuses les conséquences qu’on pouvait tirer de ces faits et de la désertion récente de 1800 hommes que la marine comptait dans les ports de la Ibretagne depuis la dernière échauffourée de Lorient. D’un autre côté , Cormatin , s’adressant à Lanjuiuais et à Defermon , qui étaient retournés à la Convention immédiatement après la signature de la pacification , se plaignait à eux de l’arrêté du 7 floréal et de la rigueur de ses dispositions , les présentant comme autant de difficultés apportées à la bonne volonté des’ hommes de son parti qui avaient à cœur le repos et la paix du pays. * *
Il EÉTOLCTIOir BH BBBTA6HI.
Mais toutes ces manœuvres no purent tenir long-temps contre la pénétrante sagacité de Hoche , dont l’esprit et le cœur devinèrent toute * la crise qui se préparait.
« Le Donunu Guiard , maréchal-dcs-logis des gardes de l'armée , pour lequel Corraatin m’avait demandé un congé que j’ai refusé , vient de déserter avec ses armes; Cormntin seul a pu lui donner de l'argent pour faire sa roule, mais ce que je crois plus vraisemblable , c’est qu'il l'a placé dans la cavalerie que l’on dit que forment les chouans (1). Je vous avoue que, si j'étais seul ici (Hoche écrivait de Rennes sous la date du 10 floréal) , Cormalin serait à la Tour depuis qu'il a signé un passeport au nom du roi Louis XVII , dans lequel il nous peint comme des persécuteurs du trône et de l’autel. — Les rapports que je joins ici , vous prouveront que la guerre que l’on nous fait maintenant n'est que morale ;
(l)Les prévisions do Hoche étaient fondées , et plus lard Cormatin , pressé sur ces faits , consentit par lettres à remettre Guiard, à la condition qu’on lui accordât un congé pour se retirer dans sa famille, seule circonstance qui i'avait fait déserter, disait Cormatin. Mais les lettres de Raud, de Pontivy cl d'un grand nombre du « communes de ces districts sont unanimes sur la forma-, lion d'un corps de cavalet ic par les chouans. Elles vont jusqu’à présenter le rôle des contingents exigés des communes de Plumeliau , de Remungol , de Guenin , etc.
LIT4B KBVTtfclIB. CHIP. I.
on traTaille' partout les esprits Les scènes de Lorient
ont été faites pour tâter l'esprit de cette ville ; elles sont * les avant-coureurs de la descente. Je la regarde comme très-assurée. Comment ferons-nous 'alers^ rien dapÿ les magasins , point de voitures d? tramport, peu d’argent sonnant.' Yeuille le dieu qui , jusqu’aujourd'hui a veillé sur la République, ne pas l'abandonner 4 je von| réponds de verser tout mon sang pour elle. »
Voilà ce qui se passait le 10, ce que le général en chef avait sans doute pressenti dès le commencement des conférences, auxquelles il ne voulut point prendre part. Mais, dans une juste préoccupation de la sûreté do pays, il a songé à répartir ses troupes de manière à éviter toute sitrprise.Et voici dans quels termes il rend compte aux représentants de la visite qu’il vient de faire du camp de 3Ieslin et des cantonnements des Côtes-du-Nord.
« L’esprit des troupes est aussi bon qu’on puisse le désirer; mais, en rentrant au quartier-général, j’ai reçu une infinité de plaintes contre les commissaires des guerres et les agents des subsistances. Le bois, la paille, manquaient au camp à mon arrivée (l’une des divisions
avait été cinq jours sans recevoir de pain ) — A la
^^onduite que tiennent les cbutians, nous ne devons pas compter sur leur promesse de paix. Partout ils organi-
sent'Ia guerre, partout ils manquent do parole Les
désertions sont on ne pont plus fréquentes dans l’armée...
LÀ BÉTOLOTIOH BS BBBTÀGBB. # 25
La séduction et la terreur sont employées tour à tour pour enlever à la république ses plus fermes appuis. Comme auparavant, l'on désarme; comme auparavant, l'on tond ; et les chotans ont encore ajouté aux maux qu'ils commettaient , e;^^^ndaqt , sous ^ine de mort, de rien vendre pour dcP^assignats, de rien livrer à la république # •
Les chouans n'avaient en effet donné encore aucun ordre pour la dissolution des rassemblements et la suppression des insignes royalistes. Le seul ordre qu’ils eussent répandu était conçu ainsi qu’il suit : ^
a Compagnons d’armes: sans accord, sans subordination , point de discipline; nous vous enjoignons donc de ne pas oublier que vous devez la soumission et l’obéissance la pins exacte à vos ofFiciers particuliers, vos chefs de canton, de division, ofiBciers supérieurs, etc. — • JVe permettez pas surtout que tes voleurs et les assassins se servent de votre nom pour commettre des actions indignes de nous et de la cause que nous servons. Il vous est particulièrement ordonné de nous les indiquer, ahn que les châtiments réseiTés aux méchants leury soient infl'gés.
». Fait au quartier de la Prévalais , 19 avril 1795 ( 30 germinal an iii).
a Signé DB Cobmàtir, maréchal do camp; Bois- HAKnv, général des Côles-du-Nord; de Büssrl, commandant en chef d'Ille-et-'Vilaine; de Sitz, général du Morbihan; de Solui&c, aidc-majorgénéral, •
LiyBB MCVlfeHB. CHAP. I.
a Faut-il sVtonncr après un tel lau{'a{;c, continue Hoche, que Cormatin ait imprimé que les représentants s'étaient engagés à rétablir un gouvernement stable. Cet homme n'a-t-il pas également rimpiidcn'èe de publier que dans trois mois le pa^s sera tranquille. — Mais en quel sens? Entend-il que les lois de la république seront mises en ■vigueur! — Ou n'entend-il pas plutôt que la descente que vont faire les Anglais procurera la tranquillité au pays en nous en chassant? — £t,cncfret,ii qui sont destinés ces approvisionnements considérables faits par les chouans et payés en numéraire? Pourquoi ces achats de chevaux et d'étofFcs noires, ces confections d'habits d'uniforme anti-national? Pourquoi ces embauchages? Pourquoi ces rassemblements de chouans dans lesquels ils nomment des chefs qui les exercent nu maniement des armes et à la marche? Pourquoi , sous le prétexte de pacifier, Cormatin envoie-t-il des agents dans les chefslieux de districts, i\ Dinan,à Lamballc, à Saint-Malo? Que signifie le quartier-général de cet homme; quelle est son autorité pour commander ainsi qu'il le fait? — Citoyens, croyez-en ceux qui, dépouillés de leur uniforme , vont au milieu des poignards examiner quelle direction leur est donnée. — N'en doutez pas, ils sont tous tournés contre le sein de la patrie !...
Celle letlre elces délnils .sont du 17 floréal. — Pour tout dévoiler et tout dire dans celle longue et sanglante jonglerie, il nous reste à rendre compte de ce qui so passa à quelques jours de là, entre Coruialin et les deux généraux en chef des