CHAPITRE ÿ
DEBKIKIIS BtSDLTÀTS DE L'ArrAIRB.DE QVUBROH. ARRIVEE DD COMTE
d'aRTOIS « SON EXPEDITION DE l’h,IR-d'ïBD. NOUVELLE PO-
LlflQCE DD COIIITR DE SALUT PUBLIC: MISSION ET POUVOIRS DES REPBRSESTANTS MATHIEU, CCEZNO ET GODIN.
Les suites el les conséquences de l’affaire de / Quiberon sont trop connues pour rjjie nous nous y arrêtions long-tenaps. ' - •
Les deux expéditions que. Puisaye avait dirigées simultanément sur Sarzeau cl la rivière de • Poutaven pouvaient bien avoir un instant âlarjué les administrations locales du Finistère eUdes Cô-^ .
- tes-du-Nord, mais elles n’étaient déjà pins un sujet fondé do crainte pour les républicains. Les ■ correspondances de la Hanche signalaient, comme.
166 nTBB inoTifcin!. — chap; v.
nous l’avons dit, une nouvelle Qotte anglaise, et l’on avait eu quelques inquiétudes sur la garnison de Port-Malo ; mais tout était rentré dans l’ordre, et la jonction avecdes Anglais pour laquelle la .division de Tintémac semblait avoir un instant ma^
nœuvré, était devenue désormais impossible. Des
forces considérables en poursuivaient en effet les débris , et Hoche lui-même avec les troupes disr ponibles du Morbihan et du Finistère, çrpt un. instant qu’il allait les atteindre et les détruire; mais ses prévisions ne s’accompJirent point : voici ce qu’il én dit lui-même : - -
« Vous avez dû voir écrit-il à Guezuo, le 16 therinidor , par la lettre que je vous ai écrite d’üzel le 9 , que les brigands, avaient quitté ^Quintin et Coflay pôur se jeter dans la forêt de Qûinéau, où je les fis suivre par quatre bataillons commandés par les adjudants-généraux Crublier et IVlénage. Ils ont été ^poursuivis de toutes parts, et il n’est pas douteux-quo si le général Chabot et surtout l'adjudant-général Champeaux eussenr voulu les voir en face, il p’en restait d’autres vestiges que leur tombe. La prudence de ces Messieurs a donné le temps à Tinténiac de s’échapper (1). ' ' •
V Quant à la colonne de gauche, qui s’était portée
(I) Hoche et les républicains ne savaient pas encore ■ que Tinténiac avait été tué à Coëtlogon.
LA KérOLDTIÛK Bit BBBTAGÜB.
de NeVez et de PoQtàven vers la lisière des départements du Morbihan et du Finistère, sa position s’était trouvée, en quelque sorte, encôre plus difficile. Elle n’avait eu d’autre parti à prendre , comme nous l’avons dit, que de se disperser de très-bonne heure pour . éviter la rencontre des généraux Rey, Meunier et Lavalette qui manœuvraient dans les environs du Faouët avec les troupes et tes gardes nationaux de Lorient, Quimper et Quimperlé. On peut donc le dire,. il n’y v eut plus, 'pour le moment, de guerre possible entre les deux partis qui s^étaiAt renconli'és à Quiberon. Et 'si celui de la république usa largeipent dé ses succès eh dévouant à la mort ses ennemis vaincus , il faut bien répéter , avec, les écrivains mêmes de la cause royaliste , que cette sombre terreur exercée par- les commissions militaires d’Auray et de' Vannes rendit, impossible • toute tentative ultérieure de résistance ou de lutte de là part de ceux que ces sanglant.es immolations touchaient de plus près. - '
La troisième expédition , préparée dans les " ports d’Angleterre pour envahir nos côtes et y jeter le 'reste de l’émigration avec un prince de la famille des Bourbons, était cependant signalée; ''
. et , après avoir un instant inquiété la ligne des
1Ü8 livHE SEUViJ;ME. — CHAP..T.
Cotes-dli'lVord , elle ne tarda point h paraître dans, les eaux de Quiberoii , où elle lit sa joiiclion le ‘fi iruclidor (21 août 1795) avec les vaisseaux de la dnisioii \V aren. (Quelques jours, passés en reçoiinaissances el en dispositions secondaires, retinrent daris ces parajjeS tontes les. forces an.- .{{laises et les quatre-vingts bùlinients de l’exj^dition du comte, d’Arlois, Des exercices à feu \ la 'mise à la inei' des chaloupes et les dispositions simulées d’un débarquement, lîrent croire un instant au {jénéral .Hey , commandant provisoire des forces réuniesidans les* environs d’Auray , que ^ rennemi allait unn seconde fois tenter la chance désarmés sur la plage dé (juiberon. Mtiis, ainsi que nous l’apprend un émigré échappé des prisons d’Anray, et .qui rejoignit la flotte anglaise au moment mémo de. l’arrivée du comte d’ArtoiS;, ce prince ne tarda point -a être dissuadé de ce .nouveau projet par les rapports uiianimès des agents royalistes qui présentèrent les chouans et leurs chefs comme entièrement, dispersés' par la terreur <|(i'in.spiraieul les coininissions ^militaires..
.< D’un autre côté cependant , le dénuement et la niLsère étaient si profonds parmi les insurgés * réfugiés à bord de la flotte -anglaise , que , privé.‘j de. tout, de vivres et de vêtements on . les
LX lu- VOLITION BRETACKE.
, voyait errer comme d,cs onabres sur les rochers d’Uoedlc. se disputant , les coquillages apportés par la mer. Les Anglais eux-mêmes siippor-' taient les plus dure» privations; et , ne trouvant d’autre moyen d’y. échapper que de se débarrasser,à quelque prix que ce fût, des malheureux qui encombraient leurs vaisseaux , ils les .ver- . salent jouciiplieinent sur la cote, sans prendre en considération les dangers qu’ils allaient courir et les. rigueurs qui les attendaient (1 ). •-
Lue nouvelle tentative sur les cotes du Morbihan n’était donc pa.» possible''; un plus long . séjour uel l’était pas non plus ; et , après avoir jTils pied à terre à l’ile d llœdic , pour y entendre un serv‘ice en mémoire des^ victimes 'de Quibe- 4'on , le comte d’Artois,^ montant le vais'Seau anglais le- Jason ^ appareilla avec les Forces dont il put disposer,. et se dirigea vers la Vendée, espérant • Irouyer. Charette en mesure de le recevoir.' .
- (t) Douze ceul.s de ce s mallicureiix furent amenés, en une seule fois, dans la rivière (tn .Morbiliant 'par des chasse-marées de Caniac et de- Qinberon. Los capitaines, n’espérant point écliapfier à, la surveillance dc.s n-pnblicaiiis, vinrent enx-mémes déclarer à l'adrnini^ tralion tpic les chef» de la flotte anglaise *les avaient 'ftreés 11 CO débiu’ijnemeiitf . . ' '
170 , . LITBB WBOYIÈMB.^ CHIP. V. '
Mais les chefs vendéens eux-mêtnes avaient été divisés sur le parti qu’il convenait de prendre au sujet de la rupture du traité de la Ma-' bilais; et, pendant que l’on se battait en Bre-^ tagne et à Quiberon, ils étaient restés inaetifs, récriminant les uns contre les autres , envoyantdes délégués au comité de salut' public , ou se laissant surprendre et incarcérer. Il e^l évident que la cause royaliste ne pouvait plus reconquérir le terrain qu’elle avait perdu, .et la présence du comte d’ Artois, non pliisque'sa dérisoire expédition de l’ile d’Ycu,"n’y purent rien..... Le maire d’IIoedic nous apprend , en effet , par un deuxième rapport' du 10 nivôse an IV,\que le 6 de ce mois ( 27 décembre 1795), les derniers bâtiments de l’escadre d’expédition appareillèrent des eaux de Beiiile pour. l’Angleterre , emmenant les débris de l’année de Mousieur. Dans tous ces mouvements J quelques anciens chouans, plus hardis, et moins confiants dans la fprtune des princes., avaient itérativement gagné les côtes du Morbihan. Puisaye , entre. autres, que lès événements et -ses dispositions personnelles . écartaient de plus en plus du parti de l’émigration, avait pris son parti de bonne heure ; et, -s’étant fait. débarquer, dès la fin de fructidor, dans la
fitk béV<ti.üti6h bu bbbtacss. 1.71
presqu’île de Rhuys, accompagné de deux dé ses officiers, U essaya encore une lois de renouer les fils de la trame.il l’aide de laquelle s’étaient ‘préparés les événements de Quiberon (1).
’ Quant au résultât général de la double et triple expédition préparée par l’Angleterre et l’émigration ^ il .est inutile de redire, sans doute, quelles en furent les conséquences , et il n’est personne, alors comme aujourd’hui , qui n’en ait apprécié toute la portée. L’affaire de Quiberon peut, en effet,, être regardée comme la dernière ba- 'f aille rangée du parti; et, s’il se trouva encore 'dans- la suite des horames.de cœur qui tentèrent la chance 'des combats , il iaut bien reconnaître qu]api*ès' s’être portés avec l’émigration et l’étranger sur nos côtes, ils né furent plus en mesure de 'rallier les masses â leur cause, parce que le peuple verra toujours avec une invincible répugnance
(t) Piiisaye prétend, dans ses mémoires, que le parti, de l’émigralion machina contre lui un guet-à-pens, daps lequel il serait inévitablement tombé au moment de son débarquement, sans l’avis ofTicicux d6 rocteur-d’Arzon , qui lui apprit qu'on en voulait à ses jours , et que des gens soudoyés l'attendaient dans un lieu où il devait passer.
^172 tirHE SEBVltjIE. CH\P*..V.
l'clra'iiçer violer le sol nalionalM.'. On puut tlone le (lire , eu qui ruina coniplétement la cause royale dans ces circonstances , ce i'nrent moins l'aUVire de Ouiberon elle-inêmu' et les rigueurs des commissions militaires, que l’irréparable faute de s’étve inise.à la solde de l’élraiiger et de s’élro présentée soutenue de l’Angleterre .pour s’emparer de nos ' . c(')tes el du pays. L’histoire entière de la restauration, deux ibis consommée., et deux fois repoussée , justifie pleinement nos assertions et nous dispense de tout développement sur.ee sujet.
Une chose nous reste cepéndant à dire , c’est (ju’aû milieu de ces évén.ements, alors que le Comité do salut public .sanctionnait par- ses arrêtés les mesures de rigueur prises sur les lieux 'pour combattre les chouans et les Vendéens qui avaient renoncé aux traités de la Mabilais et de la Jaunais, la politique générale du gouvernement parut revenir
à des principes et à un système de fixité <pii s’é-,
* * ■ .cariait de plus en' plus de l’agitation extra-légale
du mouvement révolutionnaire. Maîtresse de la
Hollande, avant traité de la paix avec la Prusse et
l’L.spagnc, la république parut adopter, en ce
moment, une nouvelle politH|ue, dont le caractère
tendait à lui faciliter l’occasion, de prendre rang
parmi le§ états européens, Assez de faits révèlent • ■
LA miVOIlTIOI» jrâ BRETAGNE. 173‘
cet esprit et celte marche du goii\ernement de rëpoquc . pour que iious.eussions pu ndus rcfjar- • der comme dispensé d’y revenir; mais la position particulière de la lîrclajjnc et des .départements , de l’Ouest nous offre , sous ce rapport . quelques l’iûts qu’il peut être intéressant de constater. —
La première ^mesure que nous ayons h signaler est la loi du 28 prairial qui, révoquant les pou-* voirs de tous les répré.senlants* en mission' prè§
• des armées ou dans les départements, les rappelait au sein dè la Convention pour y prendre' part aux travaux rclatils à la constitution qui allait '
' centraliser la force goiiverucmcnlalc par la création d'un directoire exécutif. Celte mesure était commune à’ toutes les régions de la l’ranoe. mais " une dispo.^ti{>n particulière., quj résnllail de la situation Ale.s départements de l’Ouest, en rappelant à Pa ris les quinze .ou vingt représentants qui avaient succes.snément .concouru aux actes de la pacification dans la Vendée et la Bretagne, remit - ù trois seuls représentants les pouvoirs ainsi divisés et relatifs aux trois aripées e/e V Ouest, des Liâtes de Urest et de (J^er6ou/'ff.Guezno,Mnihieu et Godin-furenl,daus cette circonstance, les . élus du comité et d|é.signës par lui pour l’œuvre de' régénération «Jti’il voulait lentel* malgré la reprise
174 i.iT$ï ïTBvvjà^. ~ ctfAr. t<
des armes. L’un d’eux , Guezno, qui se trouvait malade et accablé de fatigues, ne pUt accepter cette,nourelle mission ; mais nous avons* pris connaissance dçs pouvoirs secrets qui lui furent remis, et entre auttes traits caractéristiques de la politij que du moment , nous voyons ( comme l’ont fait depuis tant do gouvernements exclqsivementlégi- • times ^et modérateurs ) , que Fon prescrivait^ J)e combattre l'anarchie par des journauic 'et des écrits rédigés avec mesure; d’appeler à la direction des affaires, les propriétaires et les hommes les mieitac famés; de rendr^ aux administrations départementales V autorité et l’influence locales dont elles jouissaient cfvant la créathfn des pouvoirs révolutionnaires de^ l’an li (1). L’un d’eux,
(1) L’esprit de ces temps et le caractère des hommes qui s'employaient à l’œuVre* révolutionnaire ressortent quelquefois des détails les plus futiles, et’ demandent Eousce rapport à être constatés. Croirait-pn bien, on effet,' que Guezno,àdeuxmoisçlelà, rentrant à Paris en compa; gniede Canclaux et de ses collègues Corbcl et Guermeur, se trouva à Étampes pris assez au dépourvu pour n’avoir pas entre lui et ses compagnons de route ce qu'il fallait pour solder un dîner à raison de 30’ sous par tète. Guezno' était cependant venu en Bretagne avec un crédit
LA ,BiTOLVTIOa BK 'SHBTA6BB. .175 '
Mathieu , arriva toutefois au milieu' de nous dans le niotneut même où les événements de Quiberon suivaient leur cours. Mais, sa mission était tracée , il s'occupa surtout d’arrêteC l'elTusion du san" que roii versait au nom de la loi. Üiin de ses premiers actes à cet é{'ard fut son arrêté du 26 fructidor, .portant suppression de cinq des six comniissions militaires qui avaient été instituées par le général Le Moine. Et voulant intéresser à la fois les communes et les citoyens ù la pacilicatiôn dù pays, il accorda par ce même arrêté la faculté aux com- ^
de 1 50,000 livres en nnméraire sur les caisses publiques, mais il n'avait point voulu y- toucher. — Combien simples et peu âpres aux honneurs n'étaient pas ses autres collègues. J'ai en main deux demandes de la mère de 'Guermeur à ce représentant : l'une a pour objet d'obtenir un simple changément.de poste pour l'un de ses bis qui se trouve simple douanier à Lanvéoc; l'autre a pour objet de faire débarquer un second frère du représentant qui est depuis deux mois à l'hupital de Brest, et que sa mère voudrait .voir attaché comme canonnier à une batterie des cotes. — Le représentant Nion qui, quelques mois auparavant, faisait une inspection générale des ports militaires,, écrivait de Lorient à ses collègues à Brest pom'.lcs prier de recommander son bis aux officiers du vaisseau sur lequel il était mousse à l'âge de 13.ans.
176 • UVllE NJJVVltME. CIIAP.. V.
munes <lu Morlnhan de rachcl»^r la détention de ceux de leurs habitants fjui avaient pris part aux événements de Oniberon moyennitiH le dtyôt des ai'mvs et des rnunilions qù’e/lès pouvaient eivoh\, et <pi 'elles soldassent, au nom .des détenus, une ronlriôution en r/ vains , égale au- tiers^ du revenu de rettæ de leurs bahi- tants dont elles voudraient obtenir la liberté. îît <’élle me.surc étant applicpiée de la. manière la plus larjjc aux nialheureux [)aysans (pii /ivaienf lait partie des rassemldenients arnn-s sans y avoirèu de cOnimandemenls , on vil bientùt., comme, nous rapprend, un rapport spécial des adnunistraV teurs du Morbihan, le plus sincère et le plus'tou-. chant rapprôc;heinenl se manil’esler entre les ré- . publlcains et les anciens défenseurs de la .cause rovalc... . . -
« Déjà des coiumiines cunsidérables sè sont soumises , coniidéicmcnt. Kianlcc'el Ploiihincc opt retiré dans le même jour 437 prisonniers après avoir déposé teiirs armes avec l iüO’fiuinlanx de froment.
. » Trois, commissaires de notre sein allèrent dans le
■ parc qui renferme ces rrtalhcurcns au nonibre de plus de’- ■ 2,000, porter des paroles de paix cl de consolation et les l'clairer sur leurs vxais intérêts. . . V
» Des groupes se formêrcnl autour d eux , écoutèrent en silence et laissèrent apercevoir un repenlir touebant.
LA RÉVOlUTIOH Élf BBETAGHE. '177
» Les habitants de Rianteo et de Plouhinec offraient d'un autre côté un tableau atteudrissant, lorsque d’une main on leur présentà la loi du 30 prairial, qui les condamnait à la mort, et de l’autre l’acte de clémence qui les y arrache. Des larmes de reconnaissance coulèrent de tous les yeux, les cris de vioe la rëpublitjue ! vive la Convention! furent mille fois répétés, et si nous les laissAmes passer une dernière nuit dans l’enceinte qui leur avait servi de prison , nous aimons à croire qu'elle n’a pas été perdue pour la république.
» Déjà les communes de Landevant et Belz ont déposé des armes en assez jjrand nombre; celles de Kervignac, Theix, Marzan, Plœren, Saint-Avé, déclarent n’en pas ^avoir et réclament à grands cris leurs prisonniers. Mous insistons sur la remise complète dès armes, nous tiendrons rigoureusement à cette mesure salutaire aussi long-temps que lefe districts ne nous adirmeront pas qu’il nen existe point. Au surplus, pénétrés, comme nous le sommes, de l’esprit qui a dirigé votre arrêté, nous profiterons de la latitude que vous nous avez laissée, pour opérer le plus grand bien, pour ramener au giron de la république des hommes trop faciles à égarer. Puisse la clémence nationale épargner l’effusion du sang , en pacifiant nos malheureuses contrées!
' . - administrateurs du Morbihan.
Ici se terminent en quelque sorte les troubles de 1 Ouest et les guerres, de la chouanerie ;
non
178 ÉltBS FECVtfeMB. — CHÀP. ,T.
pas que le pays n’ait été eiicore long -temps
agitë, non pas même qu’il soit resté exempt de .ces vives commotions que la rencontre des partis et la présetice des hommes en arines ne manquent' jamais d’occasionner. Mais Quiberon^ ainsi que nous l’avons dit , fut la detmière bataille rangée ' ■ de la cause royale , et aucun autre effort tenté par< ses partisans n’a pu, depuis, faire douter un instant des destinées de la république ou de l’avenir de la ■ révolblion. Les derniers moments de Charette et les dernières luttes de Georges dans le Morbîbaa peuvent , en effet être regardés comme des sacri; fices résultant de convictions personnelles, mais jamais comme des actes d’une portée assez élevée pour remettre en question l’accomplissement' d’une révolution qui avait changé lés bases de Tordre sociaL
Cette considération , sans doute , ne nous dispense pas;, pour, accomplir la tâche que nous nous sommes imposée, de. reproduire dans leurs détails curieux et instructifs, les actes subséquents - de. la lutte que nous avons essayé de peindre ; mais, accomplissant ici, pour nous et pour, notre éditeur, un premier devoir, uh engagement .. d’honneur ; nous termihons, par ce cinquième volume larpul^iication dont. nous avons fourni le. . ’ prospectus an public;
LA BirOLOTIOH Bit BBBTA6HB. 179
Comme beaucoup d'autres, et en ne cédant qu'au juste sentiment de la position 6ù nous nous trouvons, nous eussions pu dire à nos souscripteurs que des découvertes nombreuses dans les. archives de nos départements , des renseignements et des documents nouveaux nous avaient forcé à étendre le nombre de nos volumes de cinq* à six. — Cette simple déclaration eût probablement été comprise, et nos souscripteurs auraient senti pourquoi , en écrivant une histoire de la révolution à l’aide de documents .inédits , nous n’avions* pas pu dire de prime-abord que ce serait tant de pages ; et pas une de plus. ,
On nous aurait compris....' Mais, malgré l’inconvenient grave et sérieux pour nous' de fragmenter notre publication et do la diviser, nous avons préféré laisser nos lecteurs libres de s’en tenir aux cinq volumes pour lesquels ils ont souscrit , ou de nous accorder une deuxième fois leur confiance pour un sixième volume, non supplémentaire , mais compte tif^ qui comprendra fhistoire dé nos départements pendant les années qui s’écoulèrent de la première pacification au consulat. ïln relatant dans ce volume les derniers excès de la chouanerie , ses* nou-^ velles tentatives en l’an 7 et l’an 8 , et avec elles -
180 LIVB* JOTOTlfeME. — ÇHAB. T.
les détails curieux et étranges de la vie aventureuse des nouveaux chefs , qui , comme Georges, ‘Guillemot, Bonfîls, Saint-Hilaire, etc., eurent quelquefois encore assez de monde pour occuper les troupes de la . république , nous dirons aussi ' quels furent leurs crimes, et comment après avoir • servi un parti , ils servirent leurs passions et leurs haines. — Enfin, 4erminant notre travail par fexamen des actes, complettement inédits, de - la pacification de l’an 7 , nous dirons , en der-’ nier .lieu',’ comment* et avec quelles circpnsr '-tances les de'ux conciles de 1797 et de 1800,
, tous .deux présidés par l’un des plus honorables citoyens de la Bretagne , préparèrent les bases . du concordat et en assurèrent l’application pour notre, malheureuse provinpe. — Nps conclusions après cela seront faciles , car successivement vainqueurs et vaincus, les partis , les masses , les gouvernements et leurs chefs ont eu leurs alternatives de puissance , et rien, n’a empêché chacun d’eux de dire comment il comprenait l’avenir, comment il entendait le passé. Heureuse circonstance , sui- - ■ vant nous, qui a enlevé la vie d’un grand peuple'
^ aux brusques violences des partis , pour la placer ^ • ‘dans un milieu national et fort , que l’expérionce et les progr^ naturels de la science «politique . suffiront sans doute pour consolider.