‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 1 sur 15 · Histoire de la Révolution de 1848 · texte numérisé non relu

Histoire de la Révolution de 1848

L'cnllioiisiasmc avait saisi le peuple fout entier dejjuis que, le gouvernement avait •irrêté le s^ing, protégé les personnes, sauvé les propriétés, proclamé la république et repoussé les symboles de la terreur et de lanarcbie. La concorde était rentrée à sa voix dan? le cœur des citoyens. l:i joie jaillissait des pliysionomies. la fraternité des paroles se traduisait en actes, la révolution l'cssemblait à une fête plutôt qu'à une cat.istrophe.

Le i;ouvernement était secondé dans ses mesures par les trois plus puissantes passions du cœur deriiommc, la peur, l'espérance etrenthousiosme. Les classes ricbes, aisées, bourgeoises, propriélaii'es, industrielles, commerçantes, avaient j;;stement tremblé que récroulement (hi trône et le nom de république ne fussent le signal des spolialions, des massacres, des écba!auds,dont le souvenir s'était confondu depuis cinquante ans avec l'image des institutions républicaines : ces classes s'étonnaient jusqu'à l'attendrissement, de voir et d'enlendrc des progranuues et des décrets qui répudiaient hautement tout(; analogie et toute parenté entre les deux républicpies. elles oubliaient pour un moment les avantages, les monoj)o!es, les emplois publics, les émoluments, les faveurs qu'elles perdiueiit à la cliute de la royauté de juillet, elles ne pensaient qu'à la sécurité que le gou-

vernement leur as^rait pour leur titre et pour leur fortune, elles se ralliaient, elles se pressaient autour du gouvernement nouveau comme les naufrages sur un déhris. elles alfluaient à IHôtel de Ville, elles offraient leurs bourses, leurs bras, ., leurs cœurs aux hommes qui s'étaient jetés au timon pour sauver la société de Tabîme. elles se résignaient à la république pourvu que la république fût le salut de tous.

Le peuple propriétaire ou industriel qui vit d'ordre, de crédit, déchange, de travail, avait eu les mêmes craintes et partageait les mêmes sentiments, les prolétaires, les ouvriers, les travailleurs, qui n"ont pour capital que leurs bras, pour revenus que leur salaire, pour patrimoine social que leur moralité et leur économie, étaient fanatises de reconnaissance et d'espérance pour une révolution qui les élevait au rang de citoyens , qui leur restituait leur juste part de droit social et de souveraineté politique, ils sentaient que leur sort étfiit désormais dans leurs mains. La république, en faisant asseoir dans ses conseils des représentants choisis par eux, et quelquefois choisis parmi eux, leur promellnit une ère d'égalité, de justice et de providence pour une classe immense et déshéritée longtemps de toute participation aux lois, ils n'exagéraient néanmoins alors ni leurs griefs, ni leurs parts, ni leurs exigences, ils proclamaient hautement le respect des propriétés, l'inviolabilité des capitaux, la libre appréciation des salaires entre le travailleur et le fabricant qui les proportionne à son bénéfice, on peut dire que la société avait l'intelligence d'elle-même, une masse incalculable de raison, de lumière, de mo-

dération dans les désirs, et de moralité religieuse était entrée depuis un demi-siècle par tous les porcs dans ce fond de la population, non-seulement elle se calmait, se résignait, se reclassait à la VOIX d'un gouvernement sans armes; mais elle prenait les armes pour lui, elle lui donnait du temps, elle lui attestait sa patience, elle se contentait d'un demi-salaire dans ses ateliers libres ou d'un faible secours alimentaire dans les ateliers nationaux ouverts par les mairies de Paris, quelques-uns même refusaient avec désintéressement ce salaire de détresse pour ne pas ai'ji.raver les charges de la république, d'autres allaient j)lus loin ; ils se réunissaient par corps de métiers, sous la seule impulsion du patriotisme, ils se cousaient eux-mêmes et apportaient d'heure en heure au gouvernement rim[)ôt volontaire retranché sur leur pain, la dime de leurs sueurs, ils le faisaient sans ostentation, avec verlu, avec larmes, quiconque les a vus alors, ne désespérera jamais d'un pareil peuple, c'est le cœur du pays; il suffit de le toucher pour qu'il en sorte des trésors de désintéresscmciit, de résignation et de courage. L'espérance les gouvernait.

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