‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 11 sur 15 · IT · texte numérisé non relu

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Garnon. Goudchaux. Guinard, Hugo (Victor). Lagrange. Lamartine (Alphonse de). Lamennais (de). Lastcyrie (Ferdinand de). Ledru Rollin. Leroux (Pierre). Marie. Moreau. Perdiguier (Agrieol). Peupin. ProudlioM. Raspail. Vavin. Wolovvski. Bonaparte (L.-N.).

Seine-Inferieure. — Bauticr. Cécille. Dargent. Dcraarest. Desiobert. Dupin (Charles). Germonicrc. Girard. Grandin (Victor). Lcbrcton (Th.). LcCort-Gonssolin. Levavasseur. Loyer. Morlot. Osmont. Randoing. Sénard. Thiers.

Seine-et-Marne. — Auberge. Bastide (J.). Bavoux. Chapon. Drouyn de Lhuis. Lafayelte (G.). Lafavette (Oscar). Lastcyrie (J. de). Portalis (A).

Seine-et-Oise. — ^Albert de Luynes (d). Barthélémy Saint-IIilaire. Bcrville. Bezanson. Durand. Flandin. Landrin. Lécuyer. Lefebvre. Pagnerre. Pigeon. Rcniilly.

Deux-Sèvres. — Baugier. Blot. Boussi. Charles (aîné). Chevallon. Demarçay. Maichain. Richard (J.).

Somme. — Allart. Beaumont (de). Creton. Defourment. Delatre. Dubois (Ara.). Gaultier de Rumilly. Labordcre. Magniez. Morel-Cornct. Blin de Bourdon.

Tarn. — Boyer. GarayonLatour. Marliavc (de). Mouton. Puységur (de). Rey. Saint-Victor (de). Voisins (de).

Tarn-et-Garonne. — Gazalcs (de). Delbrel. Detours* Faure-Dère. Maleville (le). Rous.

Var. — AUemaii. André (Marius). Arène. Arnaud (Ch.). Baune (Edni.). Cazy. Guigues (Luc). Maurcl (Marcell.). Philibert.

Vaucluse. — Bourbousson. Gent. La Boissière

(de). Pin (Elz.). Raspail (Eug.). Reynaud-Lagardefe.

Vendée. — Boiihicr de rÉcluse. Defonlaine (Guy). Gerlier-Dufougeroux. Lcspinay (de). Luneaù. Mareau. Parentoau. Rouillé. Tinguy (de).

Vienne. — Barth'Iomy. Bércnger. Bonnin.

Bourbeau. Junycn. Pleignard. Drault. Jeudy.

Haute-Vienne. — Allègi-e. Bac (Théodore). Brunet. Coralli. Dumas. Friclion. Maurat-Ballange. Tixier.

Vosges. — Braux. Buffet. Doublât. Falatieu. Forci. Hingrav. Houel. Huot. Najean. Turck. Boiilay (de la Mcurthe).

Yonne. — Carreau. Charton. Guichard. Larabit. Ranipont. Rathier. Raudot. Robert (L.). Vaulabclle.

Algérie. — Barrot (Ferdinand). Didier. Prébois (de). Rancé (de).

Martinique. — Mazulime. Pory-Papy. Schœlcher.

Guadeloui'e. — Dain (Charles). Louisy-Mathieu. Périnon.

Sénégal. — Durand-Valentin.

* L'Assemblée nationale s'ouvrit le 4 mai. Jamais solennité plus majestueuse dans sa simplicité n'avait installé la souveraineté d'un grand peuple, la garde nationale, le peuple, quelques brillantes députations de l'armée appelées à Paris pour assister au retour de la souveraineté étaient debout dès le matin, le gouvernement réuni au ministère de la justice s'avança à pied par les boulevards au milien d'une haie de cent mille hommes et prééilé du général de la garde nationale et de son tat-major qui ouvrait la foule devant les dicta-

leurs allant abdiquer, les fenêtres et les toits des quartiers traversés par le cortège retentissaient de cris, d'applaudissements, jamais gouvernement faisant son entrée dans une capitale précédé de l'espérance enthousiaste de tout un peuple n'entendit se lever sous ses pas plus d'acclamations que ce gouvernement qui allait expirer dans une heure n'en reçut à son dernier moment, on oubliait ses faiblesses, ses ûmtes, ses insuffisances, son illégitimité, on lui tenait compte de ses efforts, on lui savait gré de son désintéressement, ses membres n'affichaient aucun éclat, c'étaient de simples citoyens humblement vêtus, ayant eu l'autorité mais non le luxe du pouvoir, on se montrait Dupont de l'Eure à droite, puis Lamartine à gauche, puis Louis Blanc, Arago entouré d'un' noble respect par la science et la politique, Garnier-Pagès probité et simplicité antiques, Crémieux, Marie, Marrast noms respectés pour leurs services, Flocon, Ledru RoUin, Albert, noms plus ehers aux républicains d'ancienne date, qui rattachaient à eux plus de souvenirs ou plus d'espérances, Carnot, et Bethmont, qui avaient partagé quoique simples ministres les travaux, les dangers, les responsabilités du gouvernement, ebacun de ces noms recevait sa part de reconnaissance ou d'estime, ils allaient abdiquer, on ne les craignait plus, on les acclamait toujours.

Le gouvernement introduit dans la salle, les jieuf cents représentants le reeurent debout, un immense cri de Vive la République! révéla à la France que ce gouvernement voté provisoirement

le 23 février par le pressentiment de Paris était adopté et ratifié à runanimitc et d'acclamation par la réflcAion du pays.

Le président du gouvernement provisoire Dupont de TEure monte à la tribune, il est accueilli avec le respect qui s'attache à de longs jours dévoués à la patrie. On voit en lui un de ces vieillards qui lèguent des institutions à une famille humaine et dont la Providence semble avoir prolongé la vie pour que cette vie serve de transition à deux époques.

tt Citoyens, dit-il, d'une voix où la gravité n'en- « lève rien à l'énergie, le gouvci^hement provi- « soire de la République vient sinclincr devant « la nation et rendi'e hommage au pouvoir sou- « verain dont vous êtes seuls investis. Enfin , le «' moment est arrivé pour le gouvernement de « déposer entre vos mains le pouvoir illimité dont « la révolution l'avait revêtu. Vous savez si pour «t nous cette dictature a été autre chose qu'une « puissance morale exercée au milieu des cir- <i constances difficiles que la nation vient de trait verser. Vive la Rêjniblique! »

Ce cri sorti des lèvres du vieillard retentit d'échos en échos par trois cent mille voix jusque sur la place de la Concorde; le canon des invalides le salue de ses salves. Dupont de l'Eure descend de la tribune. Il tombe dans les bras de lîéranger, précurseur sage et patient, comme son ami, de l'ère républicaine, Tyrtée de la gloire de nos armes dans sa jeunesse, représentant du peuple et modérateur de son pays sous ses cheveux blancs.

L'Assemblée procède trois jours à la vérification

des pouvoirs et choisit pour président M. Bûchez en reconnaissance des services qu'il avait rendus et du courage qu'il avait déployé pendant trois mois dans l'administration de l'Hôtel de Ville.

Le 7, Lamartine monta à la tribune à la place et au nom du président du gouvernement provisoire, il rendit compte en ces termes des actes de la dévolution :

« Citoyens représentants du peuple, au moment u où VOUS entrez dans l'exercice de votre souve- « raineté; au moment où nous remettons entre « vos mains les pouvoirs d'urgence que la révolu- « tion nous avait provisoirement confiés , nous i< vous devons d'abord compte de la situation où « nous avons trouvé et où vous trouvez vous- « mêmes la patrie.

te Une ré\olution a éclaté le 24 février, le « peuple a renversé le trône, il a juré sur ses dé- « bris de régner désormais seul et tout entier par « lui-même, il nous a chargés de pourvoir provi- « soirement aux dangers et aux nécessités de l'in- «< terrcgne qu'il avait à traverser pour arriver en « ordre et sans anarchie à son régime unanime 11 et définitif. Notre pi'cmière pensée a été d'abrc- « gcr cet interrègne en convoquant aussitôt la « représentation nationale en qui seule réside le « droit et la force. Simples citoyens, sans autre « appel que le péril jiublic, sans autre titre que « notre dévouement, tremblant d'accepter, preste ses de restituer le dépôt des destinées de la p.;- <i trie, nous n'avons eu qu'une ambition, celle H d'abdiquer la dictature dans le sein de la soun veraineté du peuple.

» Le trône renversé, la dynastie s'écroulant

« d'elle-même, nous ne proclamâmes pas la Répu- « blique, elle s'ctnit proclamée clle-môme par la « bouche (le tout un peuple, nous ne finies qu'é- « crire le cri de la nation.

« Notre première pensée, comme le premier « besoin du pays après la proclamation de la Ré- «t publique, l'ut le rétablissement de l'ordre et de «1 la sécurité dans Pans. Dans cette œuvre, qui « eût été plus difficile et plus méritoire dans un « autre temps et dans un autre pays, nous fûmes « aidés par le concours des citoyens. Pendant «< qu'il tenait encore d'une main le fusil dont il « venait de foudroyer la royauté, ce peuple niait gnanirac relevait de l'autre main les vaincus et « les blessés du parti contraire, il protégeait la « vie et la propriété des habitants, il préservait «t les monuments publics, chaque citoyen de Paris « étnit à la fois soldat de la liberté et magistrat <t volontaire de l'ordre. L'histoire a enregistré <c les innombrables actos d'héroïsme, de probité, « de désintéressement, qui ont caractérisé ces «c premières journées de la République. Jusqu'ici, »t on avait quelquefois flatté le peuple en lui parti lant de ses vertus, la postérité, qui ne flatte « pas, trouvera toutes les expressions au-dessous «< de la dignilé du peuple de Paris dans cette «i crise.

« Ce fut lui qui nous inspira le premier décret « destiné à donner sa vraie signification à la vic- « toire, le décret d'abolition de la peine de mort Il en matière politique, il l'inspira, il l'adopt*, il « le signa par une acclamation de deux cent mille <t voix sur la place et sur le quai de l'Hôtel de u Ville, pas un cri de colère ne protesta. La

«c France et l'Europe comprirent que Dieu avait « SCS inspirations dans la l'oulc, et qu'une révolu- « tion inaugurée par la grandeur dàmc serait « pure comme une idée, magnanime comme un « sentiment, sainte comme une vertu.

<t Le drapeau rouge, présenté un moment non <c comme un symbole de menaces ou de désor- <t dre, mais comme un drapeau momentané de <c victoire, fut écarté par les combattants cux- <( mêmes pour couvrir la République de ce dra- <i peau tricolore qui avait ombragé son berceau «1 et promené la gloire de nos armées sur tous les «c continents et sur toutes les mers.

<! Après avoir établi Tautorité du gouverne- « ment dans Paris, il fallait faire reconnaître la « République dans les départements, dans les « colonies, dans l'Algérie, dans l'armée, desnou- « velles télégraphiques et des courriers y sufli- « rent. la France, les colonies , les armées, re- <c connurent leur propre pensée dans la pensée <i de la République, il n"y eut résistance ni d'une « main , ni d'une voix , ni d'un cœur libre en « France à l'installation du gouvernement nou- « veau.

«( Notre seconde pensée fut pour le dehors. « L'Europe indécise attendait le premier mot de « la France, ce premier mot fut l'abolition de fait •1 et de droit des traites réactionnaires de 181 o. « la liberté rendue à notre politique extérieure, •c la déclaration de paix aux territoires, de sym- '( palhie aux peuples, de justice, de loyauté et de <c modération aux gouvernements. La France dans t ce manifeste se désarma de son ambition mais « ne se désarma pas de ses idées, elle laissa bril-

' 1er son principe, ce l'ut toute la guerre, le <' rapport particulier du ministre des affaires <i élrringèrcs vous dira ce que ce système de la «1 diplomatie au grand jour a produit et ce qu'il « doit produire de légitime et de grand pour les « influences de la France.

«t Celte politique commandait au ministre de la « guerre des mesures en harmonie avec ce sys- «I terne de négociation armée, il rétablit avec « énergie la discipline à peine ébranlée, il rappela « honorablement dans Paris Tarmée un moment « éloignée de nos murs pour laisser le peuple « s'armer lui-môme ; le peu[)le désormais invin- «c cible ne tarda pas h redemander à grands cris « ses frères de Tarméc nou-seulement comme une « sûreté mais comme une décoration de la capi- « talc, l'armée ne fut plus dans Paris qu'une gar- « nison honoraire destinée à prouvera nos braves u soldats que la capitale de la patrie appartient à « tous ses çnfants.

<t Nous décrétâmes de plus la formation de « quatre armées d'observation : l'armée des Al- « pcs, l'armée du Rhin, l'armée du Nord, larmcc « des Pyrénées.

•i Notre marine confiée aux mains du même <i ministre comme la seconde armée de la France, « fut ralliée sous ses chefs dans une discipline « commandée par le sentiment de sa vigilance. « la flotte de Toulon alla montrer nos couleurs « aux peuples amis de la France sur le littoral de < la Méditerranée.

Il L'armée d"Alger n'eut ni une heure ni une « pensée d'hésitation, la République et la patrie « se confondirent à ses yeux dans le sentiment

« d'un même devoir, ua chel" dont le nom rcpu- <( blicain, les sentiments et les talents étaient des <t gages à la fois pour l'armée et pour la révolu- « tion, le général Cavaignac, reçut le commande- «t ment de l'Algérie.

« La corruption qui avait pénétré les institu- « tions les plus saintes obligeait le ministre de la « justice à des épurations demandées par le cri pu- «t blic. Il fallait promptement séparer la justice de « la politique, le ministre fit avec douleur mais « avec inflexibilité la séparation,

« En proclamant la République, le cri de la « France n'avait pas proclamé seulement une « forme de gouvernement, elle avait proclamé un « principe, ce principe c'était la démocratie pra- « tique, l'égalité par les droits, la fraternité par «c les institutions; la révolution accomplie parle « peuple devait s'organiser selon nous au proQt « du peuple par une série d'institutions fratcr- «t nclles et tutélaires propres à conférer réguliè- «t ment à tous les conditions de dignité indivi- « duelle, d'instruction, de lumière, de salaire, « de moralité, d'éléments de travail, d'aisance, « de secours, et d'avènement à la propriété, qui «t supprimassent le nom servile de prolétaire, et qui n élevassent le travailleur à la hauteur de droit, « de devoir et de bien-être des premiers-nés à la « propriété, élever et enrichir les uns sans abais- « scr et sans dégrader les autres, conserver la « propriété, et la rendre plus féconde et plus « sacrée en la multipliant, et en la parcellant « dans les mains d'un plus grand nombre, ilis- <( tribuer l'impôt de manière à faire tomber son « poids le plus lourd sur les plus forts, en allé-

«t gcant et en secourant les })1ns faibles, créer par « l'Etat le travail qui manquerait accidentelle- «t ment par le fait du capital intimide, afin qu'il « n'y eût pas un travailleur en Fisnce à qui le « pain manquât avec le salaire; enfin étudier « avec les travailleurs eux-mêmes le phénomène « pratique et vrai de l'association et les théories « encore problématiques des systèmes pour y « chercher consciencieusement les applications, «t pour en constater les erreurs, telle fut la pcn- «I sée du gouvernement provisoire dans tous les te décrets dont il confia l'exécution ou la recherche « au ministre des finances, au ministre des tra- « vaux publics, enfin à la commission du Luxem- II bourg, laboratoire d'idées, congrès préparait toire et statistique du travail et des idées, «t éclairé par des délégués studieux et intelli- « gents de toutes les professions laborieuses, et « présidé par deux membres du gouvernement •1 lui-mémo.

<( La chute soudaine de la monarchie, le dés- <c ordre des finances, le déclassement momentané « d'une masse immense d'ouvriers manufactu- •I riers, les secousses que ces masses de bras in- «t occupés pouvaient donner à la société si leur «c raison, leur patience, et leur résignation pra- « tique, n'avaient pas été le miracle de la raison « du peuple et l'admiration du monde; la dette «c exigible de près d'un milliard que le gouver- « nement déchu avait accumulée sur les deux « premiers mois de la République ; la crise des « industries et du commerce, universelle sur le «i continent et en Angleterre, co'incidant avec la « crise politique de Paris; l'énorme accumulation

« d'actions de chemins de fer ou d'autres valeurs «' fictives saisies à In fois dans les mains des por- « leurs et (les banquiers par la panique des eapi- •1 taux ; enfin, Timagination du pays qui se frappe <i toujours au delà du vrai aux époques d'ébran- •1 lenicnt politique et de terreur sociale; avaient « tari le capital travaillant, fait disparaître le nu- <i méraire, suspendu le travail libre et volontaire, •1 seul travail suffisant ;\ trente-cinq millions <t dbommcs; il fallait y suppléer provisoirement « ou mentir à tous les principes, à toutes les pru- «I dences, à toutes les nécessités fccourables de « ia République. Le ministre des finances vous « dira comment il fut pourvu à ces évanouissei! ments du travail et du crédit, en attendant le « moment enfin arrivé où la confiance rendue « aux esprits rendra le capital à la main des ma- « nufacturiers, le salaire aux travailleurs, et où «( votre sagesse et votre puissance nationale se- <t ront à la hauteur de toutes les difficultés.

«I Le ministère de Tinsfruction publique et des « cultes , remis dans la même main , fut pour le «i gouvernement une manifestation d'intention et « pour le pays un pressentiment de la situation « nouvelle que la République voulait et devait «( prendre dans la double nécessité d'un enseiic gnemcnt national et d'une indépendance plus « réelle des cultes égaux et libres devant la con- « science et devant la loi.

«Le ministère de l'agriculture et du commerce, « ministère étranger par sa nature à la politique, « ne put que préparer avec zèle et ébaucher avec « sagacité les institutions nouvelles appelées à fé- « conder le premier des arts utiles. Il étendit la

u main de l'Etat sur les intérêts souffrants du « commerce que vous seuls vous pouvez relever « par la sécurité.

Il Telles furent nos difféi'cntes et incessantes u sollicitudes. Grâce à la Providence, qui n'a jau mais plus évidemment manifesté son intcrven- « tion dans la cause des peuples et de l'esprit hu- «t main, grâce au peuple lui-même, qui n'a jamais « mieux manifesté les trésors de raison , de cite visme, de générosité, de patience, de moralité, «c de véritable civilisation que cinquante ans de « liberté imparfaite ont élaborés dans son âme, «t nous avons pu accomplir, bien imparfaitement « sans doute, mais non sans bonbeur pourtant, « une partie de la tàcbe immense et périlleuse <( dont les événements nous avaient chargés.

it Nous avons fondé la République, ce gouveru nement déclaré impossible en France à d'autres it conditions que la guerre étrangère , la guerre « civile, l'anarchie, les prisons et Téchafaud. « nous avons montré la République heureuse- « ment compatible avec la paix européenne, avec u la sécurité intérieure , avec l'ordre volontaire , u avec la liberté individuelle, avec la douceur et « la sérénité des mœurs d'une nation pour qui la « haine est un supplice et pour qui l'harmonie u est un instinct national.

te Nous avons promulgué les grands principes «t d'égalité, de fraternité, d'unité, qui doivent, it en se développant de jour en jour dans nos te lois, faites par tous et pour tous, accomplir ic lunité du peuple par l'unité de la représentatt tion.

« Nous avons universalisé le droit de citoyen

— Soie en univerlisant le droit d'élection, et le suffrage « universel nous a repondu.

«: Nous nvonsarmé le peuple tout entier dans la « garde nationale, et le peuple tout entier nous a « répondu en vounnt l'arme que nous lui avons tt confiée à la défense unanime de la patrie , de « l'ordre et des lois.

« Nous avons passé l'interrègne sans autre « force executive que l'autprité morale entière- <i ment désarmée dont la nation voulait bien re- « connaître le droit en nous, et ce peuple a con- « senti à se laisser gouverner par la parole, par « nos conseils, par ses propres et généreuses in- <i spirations.

«t Nous avons traversé plus de deux mois de <c crise de cessation de travail , de misère , d'élé- <( ments d'agitation politique, d'angoisses socia- «i les , de passions , accumulées en masses inu nombrables dans une capitale d'un million et « demi d'habitants , sans que les propriétés aient « été violées , sans qu'une colère ait menacé une u vie, sans (ju'une repression, une proscription, « un emprisonnement politique, une goutte de <t sang répandue en noire nom ait attristé le gou- II vcrnemcnt dans Paris, nous pouvons redescen- « dre de celte longue diclntiirc sur la place pute blique et nous mêler au peuple sans qu'un .( citoyen puisse nous dire : « Qu'as-tu fait d'un .1 citoyen ? »

« Avant d'appeler l'Assemblée nationale à Paît ris, nous avons assuré complétcmeut sa séeu- •I rilé et son indépendance en armant, en organi- «t sant la garde nationale , et en vous donnant » pour garde tout un peuple armé, il n'y a plus

« de faction possible dans une République où il « n'y a plus de division entre les citoyens politi- « ques et les citoyens non politiques , entre les « citoyens armes et les citoyens désarmés, tout le « monde a son droit, tout le monde a son armée; « dans un pareil Etat linsurrection n'est plus le « droit extrême de résistance à l'oppression , elle «( serait un crime, celui qui se sépare du peuple it n'est plus du peuple! Voilà l'unanimité que «( nous avons faite; perpétuez-la, c'est le salut « commun.

« Citoyens représentants ! notre œuvre est ac- «t compile, la vôtre commence. La présentation « même d'un plan de gouvernement ou dun pro- « jet do constitution eût été de notre part une i< prolongation téméraire de pouvoir ou un em- «( piétemcnt sur votre souveraineté, nous dispa- « raissons dès que vous êtes debout pour rece- « voir la République des mains du peuple, nous «' ne nous permettrons qu'un seul conseil et un 1! seul vœu , à litre de citoyens, et non à titre de « membres du gouvernement provisoire. Ce vœu, « citoyens, la France l'émet avec nous, c'est le « cri de la circonstan'^e : ne perdez pas le temps, «c cet élément principal des crises humaines, après « avoir absorbé en vous li souveraineté, ne laisu sez pas un interrèg le nouveau allanguir les ti ressorts du pays, qu'une commission de gou- «< vernement, sortie de votre sein, ne permette « pas au pouvoir de flotter un seul instant de « plus, précaire et provisoire sur un pays qui a «t besoin de pouvoir et de sécurité, qu'un comité « de constitution, émané de vos suiTrages, apporte « sans délai à vos délibérations et à votre vote, le

— sait mécanisme simple , bref, et dëmocratique de la « constitution , dont vous délibérerez ensuite à tt loisir les lois organiques et secondaires.

« En attendant comme membres du gouverne- «t ment nous vous remettons nos pouvoirs.

» Nous remettons avec confiance aussi à votre « jugement tous nos actes, nous vous prions seuit lement de vous reporter au temps , et de nous « tenir compte des difficultés, notre conscience u ne nous rcprocbe rien comme intention, la « Providence a favorisé nos efforts, amnistiez «1 notre dictatui'c involontaire ! nous ne dtnian- « dons qu'à rentrer dans les rangs des bons ci- «t toyens.

« Puisse seulement l'histoire inscrire avec in- « dulgence au-dessous , et bien loin des grandes Il choses faites par la France, le récit de ces trois it mois passés sur le vide entre une monarchie Il écroulée et une république à asseoir, et puisse- « t-clle, au lieu de noms obscui's et oubliés des Il hommes qui se sont dévoués au salut commun, «i inscrire dans ses pages deux noms seulement : «i le nom du peuple qui a tout sauvé, et le nom de « Dieu qui a tout béni sur les fondements de la ti République. »

Ces derniers mots furent couverts d'applaudissements presque unanimes par les représentants j et par les tribunes. j

Lamartine revenu à son banc fut obligé de se] lever trois fois pour s'incliner devant rassemblée qui s"élait levée* elle-même sur son passage. Toul indiquait que la popularité qui s'était attachée *

son nom dans Paris et caractérisée par deux. Jiiillions trois cent mille suffrages dans les dc|);ii'lenients, l'envelopperait encore dans l'Asscinltléc nationale s'il ne s'en dépouillait pas lui-mèino.

Chaque ministre apporta et lut successivcr/icnt à la tribune le compte-rendu spécial des actca de son département, tous reçurent la sanctioîi des applaudissements de l'Assemblée. Lamartine développa plus que ses collègues le tableau de la situation de la nouvelle République vis-à-vis de l'Europe. La France attendait impatiemment ce tableau comme elle avait attendu le manifeste à l'Europe, elle savait que sa destinée au dedans dépendait de son attitude au dehors, elle brûlait de s'en rendre compte pour conjecturer son avenir. Voici le discours du ministre, c'était son manifeste en action vérifié par trois mois d'éj)rcuves.

« Citoyens! dit-il, il y a deux natures de revote lutions dans l'histoire : les révolutions de ter- « ritoire et les révolutions d'idées, les unes se n résument en conquêtes et en bouleversement u de nationalité et d'empires , les autrcr; se résu- <: ment en institutions, aux premières la guerre « est nécessaire; aux secondes la paix mère des it institutions du travail et de la liberté est pré- « cieuse et chère ; quelquefois cependant les chan- «t gements d'institutions qu'un peuple opère dans « ses propres limites deviennent une occasion « d'inquiétude et d'agression contre lui de la part ic des autres peuples et des autres gouvernements. « ou deviennent une crise d'ébranlement et d'ir- « ritation chez les nations voisines. Une loi de la « nature veut que les vérités soient contagieuses « et que les idées tendent à prendre leur niveau

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