‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 103 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Mais le parti conventionnel et violent qui commençait à s'agiter et à se concerter dans quelques clubs se sentit vaincu et se crut assez puissant pour ressaisir la victoire à l'aide d'un subterfuge.

Il feignit de croire, et il crut peut-être, que la manifestation tout accidentelle de la garde nationale pendant là délibération de la veille avait été concertée par Lamartine et ses amis pour intimider la minorité du gouvernement, peut-être la minorité le crut-elle elle-même? Quoi qu'il en soit, une rumeur sourde se répandit artificiellement dans Paris. On fit imaginer au peuple que la garde nationale avait entouré et menacé le gouvernement, qu'elle méditait un coup d'État de l'aristocratie bourgeoise contre ses membres les plus aimés ; on employa les nom* breux agents de la préfecture de police et les hommes armés qui campaient dans ses cours à propager cette panique parmi le peuple. On assigna aux ouvriers et aux clubs un rendez-vous général aux Champs-Elysées pour se compter devant leur prétendus ennemis et pour venir en armée innombrable défiler devant l'Hôtel de Ville et .jurer d'y défendre le gouvernement.

Gaussidière dans de bonnes intentions au fond , parut être lui-même un des principaux promoteurs de ce rassemblement prodigieux de peuple, parmi lequel aussi il fit établir une discipline et un ordre qui frappèrent à la fois la capitale d'effroi et d'éton-

nemenl. Le peuple n'y fut réellement emmené en masse que par une bonne pensée : celle de montrer attachement et de prêter forée au gouvernement. Il n'y eut pas un germe de sédition dans la plus grande sédition pacifique dont jamais une capitale ait été témoin. Tout au plus y eut-il une insinuation secrète aux meneurs de venger par des cris de prédilection la minorité du gouvernement du triomphe de Lamartine*

Mais pendant que le peuple descendait ainsi en masse de ses faubourgs et de ses ateliers pour une démonstration qu'il croyait loyale et civique, quelques hommes, chefs de secte, entraîneurs de clubs, instruments de fanatisme, agents de sédition, méditaient de se servir de cette armée du peuple, recrutée par un bon sentiment, pour en faire à son insu l'instrument de desseins pervers ou ambitieux. Heureusement ces hommes étaient même dans les clubs en minorité, mais ils rachetaient leur petit nombre par leur audace désespérée.

Les bureaux des clubs, informés de la réunion qui devait avoir lieu le lendemain, s'étaient concertés pour se mettre à la tête des colonnes sous prétexte de porter la parole au nom du peuple luimême. Quelques-uns de ces chefs de clubs, mécon-

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