‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 102 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

des orateurs des partis opposés. L'immense majorité Marras t, Marie, Lamartine, Garnier Pages, Arago, Crémieux, Dupont de l'Eure versèrent leur âme dans la délibération. La minorité rectifia plus qu'elle ne soutint les termes des circulaires, les avis se rapprochèrent, les sentiments se confondirent, la nécessité d'un désaveu prévalut d'une voix prépondérante, le sens libéral et magnanime donné à l'esprit du gouvernement par le projet de proclamation fut admis par tous. Lamartine modifia quelques m^ts de sa rédaction sur les observations de Louis Blanc. La minorité elle-même signa ce programme de la majorité, on l'envoya à l'imprimerie nationale, on l'afficha dans Paris, on en inonda la France, il rassura les esprits, mais il parut néanmoins ce qu'il était : l'indice mal effacé d'une lutte intestine dans la conscience même du gouvernement.

Pendant les deux heures que dura cette scène intérieure autour de la table du conseil , les clameurs de la garde nationale qui couvrait la place montaient aux fenêtres et semblaient donner force à l'esprit de la majorité. Cette pression n'était qu'apparente. Lamartine et ses amis déploraient cette manifestation accidentelle et intempestive. Elle pouvait donner lieu à des manifestations contraires et exciter ainsi classes contre classes, peuple contre peuple. Déjà en effet le bruit de cette réu-

nioQ plus puérile qu'aristocratique , s'était répandu dans les faubourgs, des masses d'ouvriers accouraient, envahissaient les rangs des gardes nationaux désarmés, leur reprochaient leur jalousie ridicule d'un privilège d'uniforme , et les accompagnaient de huées et d'injures à mesure que leurs détachements quittaient la place.

Lamartine et Crémieux étant sortis ensemble par une porte dérobée du derrière de l'Hôtel furent reconnus sur le quai, enveloppés et suivis par une colonne de peuple qui les accompagna jusqu'au Louvre de son enthousiasme et de ses acclamations* Ils furent contraints de se réfugier dans la cour d'une maison dont on referma la porte pour échapper à un triomphe involontaire qui aurait alarmé Paris.

Le lendemain la joie saisit tous les cœurs à la lecture de la proclamation au peuple français qui rétablissait si ônergiquement le sens vrai et libéral de la République. Cette victoire du parti modéré parut la victoire de tous les bons citoyens. Les départements plus inquiets la reçurent avec plus d'applaudissements encore. Ils tremblaient de voir des proconsuls armés de mandats illimités rappeler dans la France paisible les proconsulats arbitraires et irrités de la Convention.

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