LIVRE DOUZIÈME
Pagnerre, Garnier-Pagès, debout à sa gauche, tous également résolus à maintenir la dignité , Indépendance morale et l'intégrité du gouvernement, ou à mourir.
Les clubs parurent dans la personne de leurs principaux chefs, la plupart étaient inconnus aux membres du gouvernement, quelques-uns avaient déjà été reçus individuellement à la tête de leurs clubs par Lamartine, les plus notables qui marchaient en tête étaient Blanqui, Lacambre, de Flotte aspirant de marine, satellites de Blanqui, Barbes, Sobrier, Cabet, Raspail, Lucien, Michelot, Longepied, Lebreton, Laugier, Danse et une cinquantaine d'autres orateurs ou chefs des réunions populaires dont les noms et les visages étaient nouveaux pour le gouvernement. Quelques groupes de délégués du peuple, comparses du drame , remplissaient les salles et les escaliers , derrière les clubs; ils se rangèrent en face du gouvernement en laissant un espace de quelques pas entre qux et le fauteuil de Dupont de l'Eure.
« Citoyens, que demandez-vous? » leur dit d'une voix ferme Dupont de l'Eure.
Blanqui alors prit la parole comme au nom de tous, et dans un discours mesuré de formes mais impératif de sens, il promulgua au gouvernement les soi-disant plébiscites de ce peuple qui ne les connaissait pas. C'était l'ajournement des
élections, la mise en suspicion de l'Assemblée nationale future, l'éloignement en principe et pour toujours des troupes de Paris, l'obéissance implicite aux volontés dictatoriales de la multitude exprimée par les clubs , en un mot l'asservissement du gouvernement, la mise hors la loi de tout ce qui n'était pas le peuple de Paris dans la nation, et la dictature indéfinie imposée au gouvernement sous condition que ce gouvernement subirait et ratifierait lui-même la dictature de la démagogie souveraine.
Pendant que Blangui parlait, les visages des membres du gouvernement s'impressionnaient d'indignation et de honte. Les sections les plus forcenées des clubs appuyaient du regard, de l'attitude et du geste ses paroles les plus significatives, il termina en sommant le gouvernement au nom du peuple, de délibérer le plus promptement possible sur le texte de ces résolutions et de faire connaître le résultat de sa délibération séance tenante.
Lamartine ne se faisait aucune illusion sur l'intention secrète qui avait inspiré ce grand acte populaire, il ne doutait pas qu'il n'eût été spécialement dirigé contre lui. 11 avait reconnu dans le programme des clubs précisément le contraire de ce qu'il avait fait signer la veille au gouvernement, dans la proclamation à la nation française.