‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 108 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Les cris de « à bas Lamartine et vive h minorité du gouvernement! » lui indiquaient assez l'intention des meneurs de la grande revue. Mais Lamartine s'apercevait clairement aussi que cette démonstration revue exagérée et dénaturée par les clubs et surtout par le club Blanqui , dépassait le but qui paraissait lui avoir été assigné par ses organisateurs. Quoiqu'il fût évidemment le plus intéressé dans le programme des clubs, et qu'il fût naturellement le plus rapproché des orateurs , il crut devoir garder le silence et laisser à ses collègues plus populaires et moins suspects que lui aux agitateurs démagogues , le soin de relever la sommation et de venger ou de livrer l'indépendance du gouvernement. Vengée , elle lui suffisait , livrée il l'aurait revendiquée en son nom et au nom de ses amis.

Ses collègues ne le laissèrent pas longtemps dans cette perplexité, ils la vengèrent en termes aussi éloquents qu'énergiques.

Louis Blanc parla en homme qui s'identifie complètement à l'esprit de ses collègues , qui se soulève au nom de leur indépendance et de la sienne contre l'oppression même des idées qui lui seraient propres peut-être, si elles ne lui étaient commandées. Son discours déconcerta visiblement les visages des meneurs populaires.

Ledru Rollin parla en homme de gouvernement

qui ne livre rien de son indépendance et de sa liberté morale même aux influences de ses amitiés, il défendit l'armée momentanément éloignée de Paris par la prudence, mais réconciliée le plus tôt possible avec la nation dont elle portait en elle le droit et la force. Il ne céda rien sur les élections et sur la souveraineté de la représentation. H fut habile en restant ferme. Ces deux ré? ponses des hommes en qui les agitateurs avaient espéré peut-être rencontrer des complicités ou des encouragements, les réduisirent un moment à l'immobilité et au silence. Un flottement se manifesta dans leurs rangs comme dans une armée vaincue, les plus sages d'entre eux les entraînaient à la retraite, mais un groupe de sept ou huit hommes qui entouraient Blanqui et qui par-dessus la tête de leur chef faisaient face au gouvernement, paraissaient décidés aux dernières extrémités. C'étaient les amis de Blanqui. L'un d'entre eux était un jeune homme dévoué, dit-on, jusqu'au fanatisme aux idées et à la personne de son maître, sa figure pâle, martiale, concentrée , était arrêtée de traits comme par une expression de conviction immuable, sa stature droite, immobile, sans geste, renfermée en lignes rectangulaires; sa main droite enfoncée sous son habit boutonné jusqu'au cou , la résolution froide et inflexible de son regard fixé sur un membre du gouvernement, rappelaient à la pensée

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