‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 110 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

« nance, notre collègue Louis Blanc. Vous sentez « comme nous, comme nous en qui le peuple a mis a sa confiance et s1 est personnifié le jour du combat « et de la victoire, qu'il n'y a de gouvernement a possible qu'à la condition que vous ayez le bon a sens de conférer une autorité morale à ce gouver- « nement. L'autorité morale de ce gouvernement, « qu'est-ce autre chose, non-seulement pour lui, « mais pour le public, pour les départements, pour « l'Europe qui nous regarde, qu'est-ce autre chose « que son indépendance complète de toute pression « extérieure? Voilà l'indépendance du gouverne- « ment, voilà sa dignité, voilà son unique force « morale, sachez-le bien! Que sommes-nous ici? « Regardez, voilà notre vénérable président chargé « du poids et de la gloire de ses quatre-vingts ans, « et qui a voulu consacrer ses dernières forces à « notre tête, à l'établissement de la République w (Bravo! bravo!) avec indépendance, avec dignité « et liberté, et certes, en liberté et en indépendance, « il n'y a pas un citoyen français qui puisse dé- « mentir le nom de Dupont de l'Eure. Autour de lui, « que voyez- vous? Un petit groupe d'hommes sans « armes, sans appui matériel, sans soldats, sans « gardes, qui n'ont d'autre autorité que celle que le « peuple leur maintient en les respectant, qui n'en « cherchent pas d'autre, qui se plongent, qui s'im- « mergent tout entiers dans ce peuple dont ils sont

« sortis et qui n'ont pris dans la République un « rôle aussi énergique et aussi périlleux que pour « y être les garants de ces intérêts populaires, sa- « crifiés jusqu'ici sous les monarchies , sous les « aristocraties, sous les oligarchies que nous avons « traversées.

« Mais pour que ce sentiment ait son effet, pour « que ces principes populaires deviennent des apte plications utiles au bonheur et aux droits du « peuple, que faut-il? La continuation possible en « calme, en ordre, de cette confiance que vous « nous avez donnée* Que pourrions- nous vous « opposer? Rien qu'une seule chose, votre raison (( même! cette puissance de la raison générale qui « se place seule ici entre vous et nous, qui nous « inspire et qui vous arrête devant nous ! c'est cette a force morale invisible et cependant toute-puis- « santé qui nous rend calmes nous-mêmes, indé- « pendants et dignes en face de cette masse qui « entoure ce palais du peuple défendu par sa seule « inviolabilité. (Très -bien! crient les clubs modérés.)

« Cette dernière barrière de notre indépendance, « reprend Lamartine, comme gouvernement et << comme hommes, nous la défendrions jusqu'à la « mort si la compression de la multitude voulait la « franchir! Et ce n'est pas pour nous, c'est pour « vous surtout que nous péririons en la défendant !

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