‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 119 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME m · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME m

République sur la tyrannie des démagogues dont il était tous les jours menacé*

Négrier de sou côté, sans connaître personnellement Lamartine, avait compris à ses paroles et à ses actes qu'il avait dans le ministre des affaires étrangères un liomme selon son cœur. Un ami du général, M. D***% chef de bataillon de la garde nationale de Paris, confident actif des efforts de Lamartine pour sauver Tordre et contenir la révolution, fit plusieurs voyages h l'armée du Nord et fut l'intermédiaire intelligent des communications secrètes entre Lamartine et Négrier, Le général se tint prêt soit à recevoir le gouvernement à Lille en cas de retrait de Paris, soit à marcher sur Amiens ou sur Àhbeville au premier appel que le gouvernement forait à ces départements pour venir au secours de Paris. Celte réserve de l'année du Nord, sous les ordres d'un général résolu el fidèle, était la dernière ressource de Lamartine, elle le rassurait non pas pour lui, mats pour les Parisiens et pour la France, car il savait bien que si la démagogie venait à triompher des bons citoyens, il serait sa première victime, mais il ne doutait pas du lendemain. L'armée du Nord recrutée en dix jours, de vingt mille hommes par l'armée du Rhin, et de cinq cent

mille gardes nationaux par les départements du nord, de Test et de l'ouest, ne pouvait manquer de submerger dans leur propre sang les dictateurs et les comités de salut public, qui rêvaient le renouvellement des tyrannies de 1793. Cette pensée, dans les plus grandes extrémités du gouvernement, faisait le repos d'esprit de Lamartine, le nom de Négrier sonnait en secret à son oreille comme une dernière espérance, ou du moins comme une vengeance certaine de la société renversée, il ne confiait cette pensée à personne, de peur d'attirer sur Négrier les soupçons et les accusations des démagogues.

Tranquille de ce côté, il résolut de faire des efforts d'une autre nature sur l'esprit et sur le patriotisme des principaux chefs de sectes, d'opinions, de clubs et de journaux extrêmes, seuls assez puissante alors pour remuer Paris, hommes sans lesquels les conspirateurs les plus audacieux ne pouvaient rien sur le peuple. S'il échouait dans ses intelligences avec eux pour en obtenir patience, raison et modération jusqu'au jour des élections générales, il aviserait avec ses amis du gouvernement, et se tiendrait prêt à un combat désespéré entre les deux camps de la République dans Paris. S'il réussissait, il serait mattre des forces les plus vives de la révolu-

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