‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 120 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

(ion par ces hommes , et il paralyserait par eux, les tentatives du communisme, du terrorisme et des partisans de la dictature et de la guerre, il croyait aux bonnes intentions des hommes mêmes les plus fanatiques et à la diplomatie de la confiance et de la franchise avec eux. ce fut cette foi qui sauva Paris et la France des derniers désastres. S'il n'eût point ouvert son cœur à ces adversaires prévenus contre lui , et s'il n'eût point lu dans leur âme et dans leurs desseins , ces hommes auraient persévéré à croire que Lamartine n'était entré dans la République que pour l'exploiter et la trahir; qu'il tramait une contre- révolution; qu'il rêvait le rôle suranné d'un Monk populaire; et ces hommes s'unissant contre lui aux partisans de la guerre, de la dictature, et des épurations du gouvernement , auraient infailliblement jeté la France dans les convulsions d'un gouvernement conventionnel*

De ces hommes Lamartine en connaissait quelques-uns. il fit des avances pour amener les autres à des entrevues avec lui.

Un des plus éminents des écrivains politiques du moment était M. de Lamennais. M. de Lamennais, autrefois apôtre du catholicisme, avait changé sa

foi et son rôle contre le rôle d'apôtre des prolétaires. Son âme s'était attendrie sur leur misère. Son style s'était endurci de leur ressentiment, depuis douze ans il était la voix de leurs griefs et quelquefois le cri de leur vengeance. La proclamation de la République l'avait tout à coup et comme miraculeusement apaisé, c'est l'effet des victoires sur les cœurs généreux, il avait passé à l'instant du côté de la société menacée par le terrorisme , le socialisme et la démagogie, il rédigeait un journal puissant par son nom et par son talent sur l'esprit du peuple, le Peuple constituant. Lamartine, qui n'avait jamais vu jusque-là dans M. de Lamennais que l'écrivain, avait été étonné d'y trouver tout à coup le caractère, la modération, la fermeté, les vues de l'homme politique. Ce journal dépopularisait la guerre, la démagogie, les doctrines antisociales. Si M. de Lamennais eût persévéré, la France aurait compté en lui un homme d'État de plus. Lamartine le voyait fréquemment alors chez une femme distinguée par son esprit et par son libéralisme. M. de Lamennais avait écrit un plan de constitution où la force publique manquait de centre. Le nom de M. de Lamennais modéré alors intimidait les excès et fulminait les chimères. M. de Lamennais, nommé depuis à l'Assemblée constituante, trop ému et trop ombrageux devant les réactions, est revenu sur ses pas et a repris la route des ombres.

Page 1