‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 12 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

déversait pas sur le continent. Les révolutions n'ont qu'une "heure disaient-ils, il faut les saisir pendant qu'elles brûlent, quand elles sont éteintes on les étouffe du pied. Les révolutions folles n'ont qu'une heure en effet leur répondaient les hommes sensés du parti de la paix : mais les révolutions humaines, modérées, et réfléchies, ont des années et des siècles devant elles. Elles ne jouent pas le sort de la liberté et des progrès des peuples sur une carte dans un accès d'énergie souvent immorale, elles ne jouent qu'à coup sûr. et elles mettent de leur côté le droit, la raison, la justice de la cause, les peuples et Dieu.

Lamartine était convaincu de ces vérités, il était convaincu de plus que si la France attaquait la première, cette agression serait le prétexte et le signal inévitable d'une coalition des armées et d'une ligue de rois contre la République, il ne doutait pas que l'énergie accumulée de la France ne triomphât longtemps de cette coalition, mais l'histoire et le bon sens lui disaient que la guerre offensive d'un peuple contre tous les autres, finissait tôt ou tard par une invasion, même quand ce peuple avait les soldats de Napoléon pour armée, et la tête de Napoléon pour les conduire. La République

amenant l'invasion de la France reculait de cinquante ans la liberté, de plus ( et c'était là surtout sa pensée), Lamartine savait par l'histoire et par la nature que toute guerre d'un seul peuple contre tous les autres est une guerre extrême et désespérée; que toute guerre extrême et désespérée exige dans la nation qui la supporte des efforts et des moyens de convulsion aussi extrêmes et aussi désespérés que cette guerre elle-même ; que des efforts et des moyens de cette nature ne peuvent être employés que par un gouvernement extrême, et désespéré aussi ; et que ces moyens sont les impôts excessifs d'or et de sang, les emprunts forcés, les papiers-monnaies, les proscriptions, les tribunaux révolutionnaires et les échafauds. Inaugurer la République par un tel gouvernement c'était inaugurer la tyrannie au lieu de la liberté, le crime au lieu de la vertu publique, la ruine du peuple au lieu de son salut. Lamartine et ses collègues auraient plutôt donné leur tête à la révolution que de lui donner une goutte de sang. *

Lamartine avait de plus une foi absolue dans la puissance de l'honnêteté et du droit en politique. Il savait que presque toutes les guerres n'étaient que des expiations des injustices des peuples entre eux. Il avait la persuasion que la justice et le respect de la république envers ses voisins seraient pour la France deux armées qui couvriraient mieux

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