‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 11 sur 244 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

du 24 février ne pouvait être que la France de la veille passée dans ses institutions du lendemain.

Or toute la question de paix ou de guerre pour la République se trouvait contenue dans les dispositions de l'Angleterre. Aucune coalition n'est possible si f Angleterre ne la fomente pas. Elle tient à sa solde le continent dès qu'il est armé. Sans l'Angleterre toute guerre eontinétatale n'est que partielle. Aucune guerre partielle ne peut inquiéter la France, la paix était donc possible, mais pour qu'elle fût certaine il fallait deux choses : respecter la Belgique dont l'indépendance était à la fois un intérêt anglais et un intérêt prussien ; et respecter l'Allemagne dont la violation par nous aurait armé l'Autriche alliée à l'Angleterre et adossée à la Russie.

Quant à l'Espagne la chute de la dynastie d'Orléans désintéressait à la fois la France et l'Angleterre de leurs prétentions rivales au delà des Pyrénées.

L'Italie ne remuait pas encore. Elle commençait seulement à demander à ses prince» le premier degré de la liberté dans des institutions constitutionnelles et le premier degré de l'indépendance italique, dans une fédération de ces tronçons de nationalités entre eux.

Mais s'il était facile à des hommes d'État de comprendre cette situation de l'Europe et cette

heureuse coïncidence de la République avec des circonstances européennes qui permettaient de conserver la paix au continent, il était plus difficile de faire comprendre à une révolution jeune et bouillante de quelques jours qu'il fallait se contenir, se renfermer dans son foyer intérieur et briller de là sur l'horizon des peuples sans déborder et sans incendier à l'instant les autres États. Les traités de 1 81 5 pesaient sur les souvenirs de la France. Les désastres de 1813, de 1814 et de 1815 étaient accumulés comme des remords de gloire dans le cœur des populations. La France si essentiellement militaire était non-seulement lasse mais humiliée de paix. La révolution semblait rouvrir d'ellemême les portes de la guerre. L'armée l'aspirait , le peuple la chantait, la surabondance de population pisive et active la motivait, la fraternité même pour la délivrance des nations opprimées semblait la sanctifier, la haine des républicains irréfléchis contre les trônes la passionnait, les hommes d'État violents la lançaient de leurs lèvres et de leur geste à la multitude, enfin les hommes d'État empiriques voyaient dans la guerre un expédient précieux à saisir pour élaguer la population alliée révolutionnaire des villes, pour faire une heureuse diversion aux agitations intérieures, et pour rejeter sur les frontières les brandons de ce foyer qui se dévoreraient eux-mêmes à l'intérieur si on ne les

Page 1