LIVRE IHHJZIÈME
personnel, informé des projets conçus tous les jours dans les conciliabules ultra-républicains de décimer le gouvernement , de surprendre le ministère des finances, celui des affaires étrangères, d'enlever Lamartine, et de lui substituer des hommes extrêmes. Sobrier avait enrôlé cinq à six cents hommes, il avait obtenu pour eux des armes de Caussidière dans une intention très-loyale; il tenait dans la rue de Rivoli une espèce de quartier général de police armée. Lamartine était instruit par Sobrier lui-même de toutes ces circonstances, il avait même contribué à lui faire prêter ou louer par les liquidateurs de la liste civile le logement qu'occupait ce quartier général en face des Tuileries. Chaque fois que des avis inquiétants parvenaient à Lamartine sur une manifestation contraire à la paix publique, sur un complot contre le gouvernement ou contre lui-même, il faisait avertir Sobrier qui recevait ses ordres et qui disposait ses hommes dans les rassemblements et ses moyens de défense autour des ministères menacés.
Paris était alors entièrement dégarni de troupes et dépourvu de garde nationale, les partis se défiaient les uns des autres, chacun avait sa police et son armée. Sobrier était le Caussidière de l'autre moitié de Paris. Lamartine n'eut qu'à se louer de son zèle désintéressé pour la paix publique jusqu'à rapproche des élections, il s'abandonna alors à de
mauvaises inspirations, trempa dans les menées électorales des socialistes les pins exclusifs, laissa pervertir l'esprit de son journal, et s'entoura avec une obstination puérile d'un appareil de conspiration armée qui n'était plus qu'une folie mais qui ressemblait à un complot, le général Gourtais en informa Lamartine. Lamartine qui ne voyait plus Sobrier depuis ces scandales, lui fit dire deux fois de licencier ses séides, de remettre les armes, de rentrer dans la loi, faute de quoi le gouvernement sévirait énergiquement contre lui. il obéit, mais incomplètement. Nous le retrouverons le 15 mai.
Lamartine lia également des intelligences ouvertes avec les esprits les plus influents et les orateurs les plus goûtés de toutes les opinions actives et de tous les clubs démocratiques de Paris et des faubourgs. 11 reçut chez lui, il persuada et entraîna les meneurs principaux de chacun des grands quartiers populeux , de la Bastille , du faubourg Saint-Marceau , du faubourg Saint-Antoine, il passa souvent des nuits entières à discuter sans réticence avec ces hommes la situation de la République au dehors et au dedans, ainsi que les questions les plus vives de l'économie politique qui servaient alors de texte aux mécontentements ou aux aspirations du peuple.