LIVRE DOUZIÈME
perdit la trace de la République. Lamartine qui avait beaucoup espéré de son activité de son courage et de son talent, le perdit de vue.
Barbes venait encore de temps en temps à cette époque chez Lamartine. Ses intentions étaient droites, mais confuses, il commença à s'égarer sans le vouloir et sans le savoir sous les inspirations de ses anciens camarades de prison, homme d'action, les hommes de système l'accaparaient, sans qu'il s'en défiât, à leur cause. C'était le soldat de l'impossible, il ne pouvait tarder de passer aux désespérés de la démocratie.
Mais Barbes capable de conspirer était incapable de trahir. Sa présence dans les rangs des anarchistes, rassurait plus qu'elle n'inquiétait Lamartine. 11 croyait à son entraînement, mais il était sûr de sa loyauté- Un des amis et des compagnons de captivité de Barbes, le jeune Lamieussens exerçait une heureuse influence sur les républicains exaltés de ce camp de la Révolution. Lamartine l'avait distingué et se proposait d'utiliser ses talents, il plaça à cette époque un grand nombre de jeunes républicains à l'étranger dans les chancelleries, dans les vice-consulats et dans quelques consulats dépendants de son ministère. Ces nominations blâmées depuis furent toutes politiques, il ne fallait pas laisser s'aigrir et se vicier dans les factions de Paris
des hommes qui avaient souffert pour leur cause, et qui rendaient des services à ta République en dirigeant et en modérant le peuple de Paris.
Sobrier continuait à voir assidûment Lamartine, enthousiaste plus qu'ambitieux il acquérait chaque jour plus d'ascendant sur la jeunesse révolutionnaire des quartiers du centre de Paris, il employait alors cet ascendant au service des idées d'ordre et de modération, il contre-balançait par son journal et par son club l'influence d'autres journaux et d'autres conciliabules du parti des dictatures et des excès, il voulait maintenir l'intégrité du gouvernement même avec les armes. Son journal la Commune de Paris, s'évaporait souvent en hymnes et en doctrines de mauvaises dates, mais il recommandait l'ordre, la fraternité de toutes les classes de citoyens, le respect des propriétés, l'inviolabilité des consciences, la paix avec les puissances, et la temporisation, jusqu'au jour où l'Assemblée nationale viendrait représenter tous les droits et faire toutes les lois. Ces doctrines de Sobrier avaient d'autant plus de crédit sur la multitude que personne ne le dépassait à ses yeux en exagération de fanatisme et d'espérance. Son fanatisme était théorique et ses espérances patientes, il avait de plus du courage