LIVRE DOUZIÈME
les préparer à l'émancipation par la concorde avec les colons, il espérait que les colonies renverraient ce remarquable talent à l'Assemblée nationale.
De Flotte était un jeune officier de marine bien né, studieux, honnête homme , disciple trop fanatisé des systèmes radicalement rénovateurs des sociétés, il suivait Blanqui comme le plus radical des révolutionnaires, mais il influait sur son maître par l'élévation de son intelligence. Lamartine après Tavoir sondé, à fond, ne trouva dans son âme ni crime, ni vice, ni préjugé incompatible avec Tordre social conservateur et progressif qu'une république bien inspirée doit garantir, il sentit que ce jeune homme déplacé dans les factions pouvait être utilisé par la République, il se promit de s'en souvenir dans l'occasion. Il apprit depuis que de Flotte, quoique étranger à l'émeute du 1 5 mai , avait été arrêté sous la prévention de ses liaisons avec Blanqui et qu'il languissait dans les fers, il réclama pour lui. C'est par de Flotte que Lamartine fit savoir à Blanqui qu'il le recevrait lui-même avec intérêt et peut-être avec fruit pour la République.
Blanqui était alors tout à la fois en suspicion au gouvernement et en suspicion aux partis extrêmes.
les clubs qu'il dominait par sa violence et par son talent loi portaient envie, les partisans de la dictature qui voyaient en lai an rival ou an vengeur le redoutaient, ils ne cessaient 4e l'indiquer à l'opinion publique comme le seul factieux dangereux afin de mieux cacher eux-mêmes leur faction derrière la sienne. Blanqui de son côté que ces hommes avaient tenté de déshonorer les détestait, il s'isolait d'eux, il s'étudiait à les dépasser en radicalisme afin de les distancer en popularité, il les appelait des ambitieux et des dupeurs du peuple. L'écho de sa voix les faisait trembler tous les soirs, ils savaient que Blanqui était entouré de quelques fanatiques capables de venger leur maître par le fer et par le feu. Cette renommée sinistre de Blanqui était un fantôme sans cesse debout entre leur ambition et eux. on ne cessait de répandre sur les trames de Blanqui et de son parti les rumeurs les plus menaçantes. Ceux mêmes qui les répandaient y croyaient peu. C'était un Catilina de fantaisie. Tantôt il devait assiéger le gouvernement au Luxembourg et Tonlever dans la nuit pour le conduire à Vincennes, tantôt il devait incendier Paris et profiter du tumulte pour proclamer sa tyrannie au nom du peuple, tantôt il devait surprendre avec quelques complices l'hôtel des affaires étrangères et assassiner Lamartine. Le peuple crédule chuchotait ces rumeurs. Lamartine n'y croyait pas. il s'affligeait